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Numéro 90

Ingmar Bergman

UNE AFFAIRE D’ÂME

Trad. du suédois par Vincent Fournier
L'étoile/Les cahiers du cinéma, Paris, 2002
320 pages
49,95 $

Parmi les réalisateurs vedettes qu’a connus le vingtième siècle, il en est un dont l’aura déborde les frontières et les époques, Ingmar Bergman. Il a cessé de faire des films depuis plusieurs années déjà mais il n’est pas resté inactif pour autant, Suvrant beaucoup au théâtre par exemple.

Aujourd’hui on le découvre écrivain à l’occasion de la publication d’un recueil de nouvelles intitulé Une affaire d’âme, paru aux éditions des Cahiers du Cinéma. Le livre regroupe trois textes basés sur des scénarios écrits par le cinéaste entre 1978 et 1998. Chacun de ces scénarios représente un projet d’expérience-limite du cinéma et s’articule autour d’une même préoccupation, la question de l’élaboration d’une fiction.

« Amour sans amants », écrit en 1978, présente les rapports complexes et difficiles qu’entretiennent une monteuse, Anna et un producteur, Albert Kummer. Tous les deux essaient de retrouver l’unité d’un film non terminé, pour lequel il n’existe pas de scénario, en s’appuyant uniquement sur une masse de rushes hétéroclites tournés par un réalisateur disparu. L’histoire se déroule dans la salle de montage, dans l’appartement d’Albert et dans les divers lieux visités par le film. L’histoire du montage impossible est racontée en parallèle avec l’histoire évoquée par les rushes. L’ensemble est cependant décevant ; les deux histoires n’arrivent pas à former un tout cohérent. Ce scénario n’a jamais été réalisé, ayant été refusé, d’après Ingmar Bergman, par trois producteurs exceptionnellement scrupuleux qui, bien qu’animés par des motivations différentes, disaient tous qu’il était impossible de tirer un film de ce scénario et que les coûts seraient trop élevés.

Très différent est « Une affaire d’âme » qui se présente comme le monologue d’une femme atteinte d’une maladie psychiatrique. Ses propos, qui mêlent réflexions intimes, souvenirs et dialogues fantasmatiques, ne parviennent ni à donner vie au personnage ni à composer une histoire. Le texte a été lu à la radio suédoise.

Dans « Infidèles », Bergman se met lui-même en scène, face à une actrice. Ensemble ils créent un personnage qu’ils font évoluer au cours de leurs dialogues. Ceux-ci sont entrecoupés de commentaires sur une réalisation à venir, qui nous donnent à entendre ce qu’aurait pu être la mise en scène d’Ingmar Bergman, et de flashes-back qui, eux, nous révèlent une histoire de divorce. Les échanges entre les deux personnages portent sur le thème de la passion et de la trahison amoureuse. « Infidèles » a été adapté au cinéma par Liv Ullmann.

Deux textes faibles et une œuvre magnifique, d’une grande force, avec des personnages développés en profondeur et des réflexions inspirées par un vécu douloureux. Ce n’est sans doute pas un hasard si « Infidèles » est le seul scénario qui ait donné un film.

Publié le 7 juillet 2003 à 10 h 27 | Mis à jour le 8 décembre 2014 à 13 h 02