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Numéro 102

Paul Auster

BROOKLYN FOLLIES

Trad. de l’anglais (états-Unis) par Christine Le Bœuf
Actes Sud, Arles/Leméac, Montréal, 2005
364 pages
32,95 $

New York, solitude, paternité problématique, hasard, héritage insoupçonné, trafic d’identité, usage de faux : les thèmes chers à Paul Auster reviennent, comme une réconfortante musique, dans son dernier roman Brooklyn Follies. La formule du témoignage – celui de marginaux qui s’évertuent à se construire une communauté habitable dans un monde à la dérive – convient parfaitement à ce récit de la découverte de l’autre, laquelle donnera un sens à la retraite de Nathan Glass, narrateur du récit. Lorsqu’il croise son neveu Tom Wood, après des années sans nouvelles, dans une librairie qu’il fréquente, sa routine, dernier rempart (avec l’écriture) d’une existence sans attaches réelles, est bousculée. En résultent une renaissance et de nouveaux liens qui permettront à ces deux solitaires de se constituer une communauté d’élection, véritable alternative à une société où sévit la droite religieuse, dépeinte de façon brutale et crue, mais sans tomber dans la caricature.

Nathan et Tom font de Brooklyn un lieu d’asile où Lucy, la jeune nièce de Tom, vient se réfugier. Autour de ce noyau s’agglomèrent des personnages excentriques et attachants, dont le libraire Harry Brightman, homosexuel lyrique et receleur de faux artistiques et littéraires. Récit du passage de la solitude familière à une vie communautaire fragile, mais enrichissante, ce roman traduit une urgence de contacts humains authentiques, c’est-à-dire portés par une histoire et un lieu à soi, où il devient possible de convier autrui. Auster, comme à son habitude, se joue des causalités et parvient à ficeler une histoire de rédemption par le don et l’espace, où les protagonistes s’arriment à un univers familier magnifié par la présence inattendue d’êtres qui les transforment. Brooklyn Follies devient donc le théâtre de réconciliations intergénérationnelles, de partage des lieux où la mise en retrait du monde, inspirée par Henry David Thoreau et Edgar Allan Poe, permet à Tom et à Nathan de renouer avec leur propre histoire. En ce sens, ce récit ludique, où les clins d’œil littéraires abondent, repose sur la question de la transmission, à partir de la perspective paternelle de Nathan qui saisit à sa manière l’histoire récente étatsunienne.

Publié le 27 février 2006 à 12 h 09 | Mis à jour le 4 décembre 2014 à 16 h 58