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Numéro 112

Esther Beauchemin, Michèle Matteau

TERRE D’ACCUEIL

UNE CRÉATION COLLECTIVE

L'Interligne, Ottawa, 2008
144 pages
15,95 $

Comme on l’explique en avant-propos, Terre d’accueil est le fruit d’un travail collectif. Les auteures Esther Beauchemin et Michèle Matteau, du Théâtre de la Vieille 17 d’Ottawa, ont créé cette œuvre dramatique à partir de divers témoignages que leur ont livrés des Néo-Canadiens. La « rencontre de quelque 25 participants a permis de recueillir des commentaires, des anecdotes et, surtout, de prendre conscience des préoccupations des nouveaux arrivants ».

La pièce est constituée de trois duos de personnages principaux. D’abord, une mère, Éveline, et sa fille Raphaëlle. Cette dernière vient tout juste d’arriver au Canada, après deux années de séparation. Elle retrouve sa mère qui est déjà installée. Cependant, les retrouvailles donnent lieu à certains moments de discorde. Pour Raphaëlle, l’adaptation n’est pas immédiate.

On propose également un tandem formé de deux hommes, Achille et Socrate, qui partagent la même maison de chambres. Le premier est un ancien médecin qui doit retourner sur les bancs d’école, afin de regagner le droit de pratiquer sa profession. Le second a laissé sa femme et ses enfants derrière lui. Il espère préparer le terrain pour que ceux-ci puissent le rejoindre.

S’ajoute un couple de deux immigrants d’origines différentes : Muna et Paul. Ensemble ils conçoivent un enfant. On assiste alors aux frictions culturelles entre leur famille respective.

Comme dans la tragédie antique, un chœur et un coryphée enrichissent et commentent l’action. Le texte mélange habilement le réalisme, la poésie, l’humour et le tragique. Parfois apparaissent des situations très concrètes ; à d’autres moments, lorsque intervient le chœur par exemple, on laisse entendre une voix commune qui exprime une sensibilité située au-dessus des échanges dialogués. En somme, on entre au cœur des préoccupations vécues par ces gens venus d’ailleurs, on assiste aux obstacles qu’ils ont rencontrés, au choc culturel qu’ils ont éprouvé. En guise d’épilogue, on présente la chanson « Un Canadien errant » d’Antoine Gérin-Lajoie, mais coup de théâtre, quelqu’un surgit et s’exclame : « J’ai mon permis de résidence permanente ! Yahooo ! » Les personnages sont vrais et attachants, on ne voudrait donc pas que la pièce se termine autrement.

 

Publié le 11 octobre 2008 à 14 h 19 | Mis à jour le 4 décembre 2014 à 21 h 45