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Claire-Marie Clozel

POURQUOI LES PETITS GARÇONS NE SONT PAS DES PETITES FILLES…

UN SECRET BIEN GARDÉ

Triptyque, Montréal, 2007
188 pages
20 $

Le titre est accrocheur, le sujet brûlant d’actualité. La philosophe Claire-Marie Clozel aborde avec bonne volonté un thème complexe mais sans pour autant convaincre. On ne doute pas du bien-fondé de son interrogation ni de la qualité de ses recherches ; on peut par contre avoir des réserves quant au caractère scientifique de sa démarche. Vouloir cerner en solo, sans cadre académique, le controversé sujet des stéréotypes relève de l’utopie. Ou peut-être d’un certain courage, qui sait.

Pourquoi les petits garçons ne sont pas des petites filles… s’ouvre sur une histoire d’horreur et, saisi, le lecteur est impatient de connaître la suite. La pitoyable histoire de Bruce/Brenda – sur qui le « spécialiste de la question de la différence des sexes » John Money tente un changement d’identité sexuelle – est celle d’un triste échec se terminant par le suicide de cet homme qui, petit garçon, fut transformé en fillette.

Quelle est la thèse de Clozel ? Il existe « des différences autres qu’anatomiques entre (petits) garçons et (petites) filles » et elles sont « soit innées (biologiques), soit acquises (culturelles) ». Jusque-là, ça va.

L’auteure remarque que son fils préfère les camions aux poupées. D’accord. Clozel propose alors un questionnaire sur les comportements types des enfants et émet l’hypothèse que « les réponses qui y seront données sont très largement dépendantes du sexe ». Ma confiance est ici mise à rude épreuve car la base scientifique est bien mince. J’adhère encore moins au propos de Clozel lorsqu’elle parle des enseignantes attendant « des petits garçons qu’ils se comportent comme des petites filles » et qu’elle affirme que les petites filles « sont généralement plus obéissantes ». Elle et moi ne devons pas connaître ou avoir connu les mêmes enfants.

Toi Tarzan, moi Jane, je veux bien mais il serait absurde de passer d’un stéréotype à un autre. Le récent constat du chercheur Jean-Claude St-Amant, dans Les garçons et l’école, diffère et le débat continue : « […] les filles et les garçons qui réussissent présentent les mêmes caractéristiques ; le milieu socio-économique joue un rôle plus important que le sexe ». On apprend beaucoup dans Pourquoi les petits garçons ne sont pas des petites filles… mais encore faut-il mettre un ou deux bémols à certaines conclusions hâtives.

Publié le 21 mars 2008 à 3 h 29 | Mis à jour le 18 décembre 2014 à 12 h 51