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Numéro 114

Marilou Brousseau

ŒDIPE SUR LE DIVAN DE SIGMUND

Béliveau, Montréal, 2008
247 pages
19,95 $

Titre et thème ne peuvent que séduire. Qu’un Œdipe d’un siècle que notre suffisance présume lucide fasse appel à la psychanalyse pour conjurer son destin ou celui de son auguste et malheureux prédécesseur, voilà qui ouvre d’aguichantes perspectives. Et que cet Œdipe confie ses craintes à un psychanalyste porteur d’un prénom lui aussi inscrit dans l’histoire ajoute aux attraits de l’aventure. Cela dit, le premier tome de ce qu’on annonce comme une trilogie comporte trop de faiblesses pour que le lecteur soit assuré d’un plaisir continu.

Dès le départ, la multiplication des mises en garde aux allures d’antichambres laisse le lecteur face à une alternative : conditionnement ou timidité ? Aucune des hypothèses n’est agréable. Un avertissement, puis une mise en garde (« Attention »), puis des exergues, c’est un peu beaucoup, à moins de présumer l’inintelligence du lecteur ou, à l’inverse, un grand doute chez le messager. Comme le livre ne se referme qu’après une annexe résumant Œdipe roi et une bibliographie rachitique et injustifiée, une autre hypothèse se faufile : celle du maniérisme.

L’écriture ne confirme que trop bien (?) cette possibilité. Les souffrances des clients qu’écoute le psychanalyste se répercutent « avec ponctualité sur la scène de leur présent ». Un professeur mécontent condamne le travail d’un étudiant en des termes « trempés dans l’acide sulfureux de la colère ». Œdipe se plaint de ce que ses « lignées précédentes ont vécu dans la tourmente de l’être et celles qui suivront ne seront pas moins épargnées », alors qu’il veut probablement dire le contraire. La végétation s’enrichit d’« arbuscules », la sympathique Lolita manque de « qualificatifs » et non de qualifications, l’être humain possède « à peine deux fois plus de génomes que la mouche », Stevenson a écrit « un classique dont il [Sigmund] ne s’épuisait de relire les mots sertis de beauté »…

Il serait dommage qu’un thème aussi prometteur soit trahi par une écriture aux artifices grinçants. S’il n’est pas trop tard, que les deux prochains tomes hissent la rédaction au palier du scénario.

 

Publié le 21 mars 2009 à 13 h 35 | Mis à jour le 29 novembre 2014 à 21 h 26