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Charles Vildrac

LIVRE D’AMOUR suivi de PREMIERS VERS

Seghers, Paris, 2005
229 pages
30,95 $

Avant d’être l’auteur de la pièce à succès Le paquebot Tenacity, jouée par Copeau au Vieux Colombier en 1920 et portée à l’écran par Julien Duvivier en 1934, Charles Vildrac (1882-1971) est un monument, quelque peu oublié de nos jours, de la poésie française. Il a exercé une très grande influence sur Paul Éluard, qui a dit de lui qu’il a « chanté un chant absolument nouveau, sans rythmes absurdes, sans rimes moutonnières, et pour les hommes de [son] temps ». Le nom de Vildrac reste attaché à une aventure unique dans l’histoire des regroupements littéraires, celle de « l’Abbaye de Créteil ». De 1907 à 1908, Vildrac, en compagnie d’une poignée d’amis écrivains et artistes, dont Georges Duhamel et René Arcos, louent une maison au milieu d’un parc dans l’espoir de permettre à chacun d’exercer son art tout en vivant d’une activité d’imprimeurs. Ils y vivent en « thélémites », sur le modèle de l’abbaye fantaisiste décrite par Rabelais. L’expérience, interrompue à cause de problèmes financiers et de querelles, a tout de même le prestige du mythe dans l’imagination littéraire du XXe siècle. C’est Vildrac qui avait été l’inspirateur du projet, avec un poème de 1905 (reproduit dans ce volume) : « Je rêve l’Abbaye », une abbaye « sans abbés », mais hospitalière aux artistes, artisans et « buveurs de lune ». L’idée était aussi de pratiquer une écriture et un art simples, directs, optimistes et accessibles à tous, en réaction contre l’hermétisme du symbolisme finissant, le « babil des littérateurs littératurants ». Il se dégage, des deux sections dont se compose Livre d’amour et Premiers vers, un lyrisme animé d’un élan vital spontané et d’un désir de se tenir au plus près d’autrui et des diverses manifestations de la vie quotidienne. En alternant les scènes de solitude et les évocations de paysages marins et pastoraux, les images d’amis et de foules en communion et celles d’animaux libres et aériens, Vildrac a développé une poétique de l’entêtement à vivre, de la recherche d’une vie « sans rien de commun avec la mort ». Bien que datant de 1910, Livre d’amour suit la composition et l’état des textes d’une édition de 1959, comme quoi la poésie, chez Charles Vildrac, s’est voulue l’affaire de toute une vie.

Publié le 1 mars 2006 à 13 h 57 | Mis à jour le 1 mars 2006 à 13 h 57