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Numéro 102

Eric Wright

LA NUIT DE TOUTES LES CHANCES

Trad. de l’anglais par Isabelle Collombat
Alire, Québec, 2004
247 pages
12,95 $

Parler du charme d’un roman policier, ce n’est peut-être pas lui rendre service, du moins pas auprès du public qui aime les enquêtes tumultueuses et les policiers alcoolisés et rustauds. Le terme convient pourtant assez bien au Charlie Salter d’Eric Wright. Père de famille sans aspérité particulière, mari aux infidélités purement virtuelles, détective torontois au plan de carrière déglingué, quadragénaire à plusieurs kilos de la forme idéale, il est conciliant, généralement poli, capable de concentration. Puisque l’arbitraire de la hiérarchie a décidé de le tirer de sa déprimante routine et de l’inviter à scruter le meurtre d’un universitaire trucidé à l’occasion d’un colloque à Montréal, il reprend vie et s’initie humblement aux mystères d’un monde codé et étanche. Son initiation est plausible et sympathique.

Dans sa version anglaise, le bouquin date de plus de vingt ans. Peut-être savourait-on encore en 1984 les romans policiers qui laissent une place au décor, aux cultures, aux banalités de l’existence et qui acceptent la différence entre le pitbull et l’être humain. Chose certaine, le fleuve tranquille auquel on compare parfois la vie roule ici une eau calme et prévisible. En outre, l’auteur avait alors déjà plus de cinquante ans et peut-être avait-il appris que les meilleurs enquêteurs ne sont pas toujours les plus flamboyants. Chose certaine, Charlie Salter n’est ni le clone de Lemmy Caution ni le fils spirituel de Miskey Spillane. Sans doute ressemble-t-il de plus près au limier réel.

Du fait que l’intrigue conduit un policier de Toronto dans la francophone Montréal, la tentation était forte de meubler les conversations de taquineries à saveur culturelle. Eric Wright a succombé à la tentation. Le séparatisme donne lieu à quelques mauvaises blagues qui n’ont, heureusement, aucune influence sur la rigueur de l’enquête. On en retient tout simplement que les policiers, francophones ou anglophones, rangent volontiers ce qu’ils appellent la politique dans la catégorie des fièvres sociales dont ils doivent savoir l’existence, mais auxquelles ils doivent soustraire leur indiscutable objectivité. Texte tout en finesse et en sérénité professionnelle.

Publié le 1 mars 2006 à 13 h 59 | Mis à jour le 1 février 2015 à 10 h 36