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Catherine Mavrikakis

L’ÉTERNITÉ EN ACCÉLÉRÉ

E-CARNET

Héliotrope, Montréal, 2010
283 pages
24,95 $

Certains vont sourciller devant l’appellation « e-carnet », que l’auteure a préférée à celle de « cyber-carnet » ou de « carnet virtuel ». Voilà peut-être le seul grief (si c’en est vraiment un) que l’on peut formuler à propos de L’éternité en accéléré, car Catherine Mavrikakis s’y révèle, une fois de plus, comme l’une des plumes les plus séduisantes de la littérature québécoise actuelle. L’éternité en accéléré regroupe une cinquantaine de textes diffusés à la petite semaine sur le blogue de l’auteure. Pour bon nombre de ces essais, tous brefs (aucun n’excède huit pages), Mavrikakis propose un complément de lecture au somptueux Ciel de Bay City. L’universitaire montréalaise fournit en effet divers éclaircissements sur l’inspiration autobiographique de son roman de 2008 : la vie à Bay City dans les années 1960 et 1970, le quotidien d’une fille d’immigrants européens qui ont fui la guerre, le motif spatial du basement ou le K-Mart à « enseigne tricolore » On trouve aussi un vibrant portrait du père, figure pâlotte dans Le ciel de Bay City. Bref, Mavrikakis a mis beaucoup d’elle-même dans les pages de cet « e-carnet ».

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu Le ciel de Bay City pour prendre plaisir à ce livre. Mavrikakis y aborde une foule de sujets : la mort, évidemment, car il s’agit de son thème de prédilection (elle réagit au décès de Michael Jackson, de Jörg Haider, de Michel Desrochers, d’Hervé Guibert, de JFK ), de même qu’une variété de sujets plus légers, tels le snobisme, la psychanalyse, Dirk Bogarde, le courrier postal, Facebook ou l’obésité. Mavrikakis a le regard ancré dans la réalité culturelle et politique de l’Amérique d’aujourd’hui. Se montrant parfois plus superficielle à dessein (mais non moins savoureusement), comme lorsqu’elle suggère que Michelle Obama se réclame (peut-être inconsciemment) de Jackie Kennedy, elle sait aussi faire preuve d’une troublante profondeur. C’est le cas dans trois réflexions qui sont à signaler : l’une sur le type social de la « fille du père », dont Mavrikakis propose une analyse tout en finesse ; une autre aux lisières de la philosophie sur le deuil que chacun de nous doit faire du « non-advenu » dans nos vies, ainsi qu’un portrait croisé d’Henry Molaison (l’homme sans mémoire) et de Brad Williams (l’homme qui n’oubliait rien). Comme on le dit sur Facebook : « J’aime ».

Publié le 24 mars 2011 à 16 h 38 | Mis à jour le 28 janvier 2015 à 12 h 12