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Amandine Roche

LE VOL DES COLOMBES

JOURNAL D'UNE VOLONTAIRE EN AFGHANISTAN

Robert Laffont, Paris, 2005
298 pages
39,95 $

C’est avec toute la fraîcheur, voire avec la naïveté propre à sa jeunesse, que l’auteure, volontaire des Nations Unies, décrit, sous forme de journal quotidien, son expérience à titre d’éducatrice ès-démocratie auprès des Afghans. Cela se passe bien sûr à la suite de l’invasion étatsunienne consécutive au 11 septembre. Malgré les bombes qui éclatent ici et là, les attentats sporadiques contre des cibles occidentales, des collègues proches assassinés ou enlevés, un vol de sa résidence, le départ de volontaires et d’ONG (dont Médecins sans frontières) en raison de la sécurité chancelante, la Française raconte, page après page, son courageux vécu dans ce pays où se côtoient le moyenâgeux et un soupçon de vie moderne.

Le défi n’est pas simple, et c’est peu dire. Le pays, composé d’une pléthore d’ethnies (y compris des nomades !), qui ont des passés historiques de luttes les unes contre les autres, est exsangue à la suite du règne obscurantiste des Talibans et de la guerre contre les Russes. L’analphabétisme est répandu, la politique s’y fait à coup de fusils, les coutumes sont ancestrales. La plupart des femmes se voient comme soumises et inférieures à l’homme. Même l’occidentalisé numéro un du pays, le futur président Karzaï, cache son épouse et n’en fait jamais mention.

Mais ces écueils n’atteignent pas, ou bien peu, Amandine Roche et les membres de son équipe, qu’elle a surnommés les « colombes » (d’où le titre de l’ouvrage). Celles-ci sont encouragées par le nombre grandissant de femmes qui s’inscrivent au registre électoral. Les élections, organisées par l’ONU, sont vues comme le signe du retour de ce pays dans le concert des nations.

Les efforts gigantesques consacrés à rejoindre des centaines de milliers d’électeurs ont valu la peine : les Afghans voteront massivement. Une ombre toutefois au tableau : le vote s’est révélé aligné selon des lignes tribales. À juste titre, l’auteure écrit : « Il est temps de construire un pont entre les ethnies ».

On ne peut qu’être impressionné par l’enthousiasme et la persévérance sans faille de cette femme à peine trentenaire. Sa conviction de pouvoir susciter un changement en profondeur, notamment auprès des femmes spoliées de leurs droits fondamentaux et craintives face à leur propre émancipation, force l’admiration.

Publié le 2 mars 2006 à 15 h 14 | Mis à jour le 9 février 2015 à 18 h 40