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Jeremy Rifkin

LE RÊVE EUROPÉEN

OU COMMENT L'EUROPE SE SUBSTITUE PEU À PEU À L'AMÉRIQUE DANS NOTRE IMAGINAIRE

Trad. de l'américain par Odile Demange
Fayard, Paris, 2005
563 pages
44,95 $

Idéologie utopique largement répandue encore de nos jours, le « rêve américain » signifie que n’importe qui peut réussir sa vie aux États-Unis, à condition de le vouloir profondément et de travailler sans relâche. Autrement dit, on ne pourrait imputer à quiconque ses propres échecs ; il suffirait de persévérer et de croire en soi-même pour s’accomplir pleinement. Cette croyance peut expliquer en partie pourquoi tant de gens veulent entrer par tous les moyens aux États-Unis, perçus comme la terre de tous les possibles.

Dans Le rêve européen, Ou comment l’Europe se substitue peu à peu à l’Amérique dans notre imaginaire, Jeremy Rifkin fait remonter l’origine de l’expression « rêve américain » au livre de James Truslow Adam, The Epic of America, publié en 1931. Mais l’origine de cette idéalisation des États-Unis remonterait aux premières expéditions du XVIIIe siècle. Dans une démonstration étayée et bien documentée sur les relations transatlantiques, Jeremy Rifkin avance que nous assistons désormais à une « nouvelle utopie » (je reprends ici l’expression de Dominique Wolton). Le « rêve européen » qui émerge se fonderait sur le développement durable et l’interdépendance, et non sur l’économie comme dans le rêve américain ; il promeut d’abord le temps libre et moins le travail ; il mise sur la laïcité, l’identité culturelle et le multiculturalisme, plus que sur l’assimilationnisme propre aux États-Unis.

Ce chargé de cours associé à l’Université de Pennsylvanie et auteur de plusieurs essais cherche un modèle explicatif pour comprendre l’évolution des sociétés occidentales. Il fait appel aux sociologues, politicologues, anthropologues anglo-saxons. Tout un chapitre (« L’unité dans la diversité ») fait valoir l’éducation à la citoyenneté ; une section aborde la question délicate de l’immigration. Mais l’auteur s’égare parfois, des chapitres traînent en longueur, comme « Un second siècle des lumières », par exemple. De plus, l’Europe que décrit l’auteur est principalement constituée des pays du G-7 ; il fait peu de cas des anciens pays communistes de l’Europe de l’Est. En dépit de ces réserves, on lit Le rêve européen avec intérêt. L’ouvrage conviendra à ceux qui s’intéressent à la politique étrangère, aux relations internationales et aux études atlantiques.

Publié le 2 mars 2006 à 15 h 11 | Mis à jour le 6 février 2017 à 11 h 25