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Numéro 112

Frederic Rappaz

ENTENDU À MONTRÉAL

Amérik Média, Montréal, 2008
132 pages
12,95 $

À l’ère d’Internet, il n’y a plus rien d’étonnant dans le fait que les livres soient conçus sur un site Web. La possibilité d’être en contact avec ses lecteurs ou, mieux encore, d’en faire des coauteurs en a séduit plus d’un. Entendu à Montréal est le fruit d’une telle collaboration : les gens « ordinaires » ont participé à la création du site Web et ensuite c’est celui dont le nom figure sur la page de titre, Frederic Rappaz, qui a choisi les meilleures contributions à publier.

Comme son titre le suggère, le livre nous rapporte ce qui a été entendu dans les rues de Montréal, dans ses cafés, dans le métro. Des bribes de conversations qui amènent – souvent – des questions sur la nature humaine et qui – presque à chaque page – font (sou)rire.

Ainsi, dans un cours de littérature, une étudiante se demande « comment ils faisaient pour faire du papier avec du bois », une autre croit que le couscous est « du riz coupé en petits morceaux » et une troisième explique que son « chum […] fait des projets humanitaires, là… Dans les pays en voie de disparition ». On y trouve des comparaisons intéressantes (« J’adore t’embrasser sur les lèvres. C’est aussi confortable que de poser mes fesses sur une lunette de toilette rembourrée »), des conclusions pour le moins discutables (« Si elle était pas tombée enceinte, j’aurais un hostie de char ! »), des expressions mal employées (« Je te jure, le livre était super bon… ça se lit comme un petit pain chaud ! » ; ou encore : « Ça m’a fait travailler les manèges, cette histoire-là »). On apprend aussi que, au lieu de prendre deux sacs de plastique, il est mieux pour l’environnement de tout mettre dans un seul et… de le doubler ; qu’il y a des gens qui « aime[nt] ça, les oiseaux qui volent » et que certaines personnes, en écoutant des Chinois parler, s’interrogent : « [je me demande] s’ils se comprennent entre eux… parce que moi, je les comprends pas ».

 

On ne peut pas savoir à quoi ressemblerait un recueil contenant des conversations entendues à Madrid, à Bonn ou à Buenos Aires mais il y a fort à parier qu’il ne serait pas trop différent de celui-ci, composé par des Montréalais : la bêtise humaine, la prétention de savoir plus que l’on sait, l’ironie, l’humour noir et le rire que tout cela déclenche étant universels…

 

Publié le 11 octobre 2008 à 18 h 19 | Mis à jour le 8 février 2015 à 8 h 57