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Alexandre Soljenitsyne

ZACHARIE L’ESCARCELLE

ET AUTRES RÉCITS

Robert Laffont, Paris, 2008
105 pages
12,95 $

On associe souvent le célèbre lauréat du prix Nobel de littérature, décédé en 2008, à ses grands romans dénonçant l’oppression soviétique, comme Le premier cercle ou L’archipel du Goulag, sans savoir qu’il est aussi l’auteur de nouvelles d’un ton beaucoup plus léger et d’une palette étonnamment diversifiée. Ce volume d’écrits légers de Soljenitsyne s’ouvre sur seize « Études et miniatures » complétées par trois récits, « Zacharie l’Escarcelle », « La main droite » et « La procession de Pâques ». Leur point commun : ces textes constituent autant de variations autour du thème de l’amour du pays russe.

Le récit qui fournit son titre au recueil renvoie au personnage de Zacharie Dimitrich, dit « l’Escarcelle », en référence à une grande bourse qu’il porte attachée à la ceinture. Rustaud et renfrogné, Zacharie est chargé de surveiller le Champ-des-Bécasses où un mémorial a été dressé en hommage aux quelque 200 000 soldats russes morts lors de ce qui aura été, au XIVe siècle, l’une des batailles les plus sanglantes de l’histoire. Cette nouvelle, la plus longue du recueil, est aussi la plus réussie.

L’éditeur de Zacharie l’Escarcelle et autres récits a été curieusement avare de péritexte. Il manque en effet un avant-propos, une postface ou des notes qui auraient replacé les textes du recueil dans l’œuvre de Soljenitsyne. Aussi a-t-on l’impression que ce livre s’adresse avant tout aux aficionados du romancier russe. Les autres lecteurs feraient mieux de découvrir l’œuvre du romancier en commençant par ses écrits les plus marquants, tel le bouleversant Pavillon des cancéreux. Ces quelques réserves exceptées, on prend un réel plaisir à voir courir le regard et la plume de Soljenitsyne le long de l’arrière-pays russe. Pour l’auteur de La roue rouge, tout devient matière à croquis : la joie de respirer sous un pommier après la pluie et de se sentir vivre ; la contemplation d’un lac captif d’une forêt ; le spectacle d’un caneton, d’un feu de bois, d’un vieux seau ou d’un chien qui préfère sa liberté à des os de poule Porté par un lyrisme qui donne parfois dans la sensiblerie, ce livre est un hymne champêtre à l’émerveillement de vivre.

Publié le 21 septembre 2009 à 23 h 09 | Mis à jour le 14 février 2015 à 11 h 45