Joseph Bunkoczy

VILLE DE CHIEN

Triptyque, Montréal, 2007
195 pages
20 $

Étiqueté roman, Ville de chien a une forte empreinte science-fiction, fantastique ou encore fanta-thriller. Pas facile à classer, ce dernier-né de l’ingénieur Joseph Bunkoczy. Né en Hongrie et vivant au Québec, l’auteur écrit en français, langue qu’il maîtrise fort bien, même si certaines tournures de phrases nous laissent parfois perplexes.

L’esthétique surréaliste de Bunkoczy lui donne un lien de parenté avec le Polonais Stanislas Lem, dont le best-seller Solaris a magnifiquement été porté à l’écran par le Russe Andreï Tarkovski et récemment par l’Américain Steven Soderbergh. L’imaginaire glauque de l’écrivain était déjà perceptible dans son roman La tour, incluant les hommes-chiens, le décor irréel, les squatters et les quartiers en démolition.

Dans une ville affolée et affolante – véritable héros et personnage de premier plan -, il y a le méchant et sa fille un peu bizarre, le bon et ses troupes de choc. La rencontre entre les deux principaux protagonistes, le gentil « bon » et le vilain « méchant », se révèle inéluctable. Le tout enrobé de citations extraites de L’art de la guerre de Sun Tsu car la ville est en état de siège, il ne faut pas l’oublier.

Si l’issue de l’histoire est assez prévisible, l’architecture, les décors et les personnages secondaires hauts en couleur nous intéressent et nous tiennent en haleine. On se laisse prendre au jeu. « [ ] la ville qu’il aimait, la ville telle qu’il la concevait, sa ville. » La froideur des personnages est par contre déconcertante. « Otto referma la porte sans plus se soucier des cadavres. » Ah ?

Petit clin d’œil, l’auteur nous amène parfois dans sa Hongrie natale, via l’architecture Art déco ou Sécession : « Des atlantes puissants soutenaient des balcons ouvragés, des caryatides impavides encadraient des portes cochères ». Ou il nous rappelle la belle Budapest, avec ses bains publics – « l’eau était propre et transparente » – et ses ponts sur le Danube : « Le fleuve traversait la ville et la séparait en deux parties égales ».

Le promoteur véreux, entouré de « ces lignes droites, ces surfaces planes, ces métaux étincelants et ces verres resplendissants », veut s’emparer autant de la ville que de l’âme de ses habitants. La lutte s’annonce féroce.

Publié le 2 décembre 2007 à 15 h 27 | Mis à jour le 29 novembre 2014 à 22 h 02