Aller au contenu
Mode lecture zen

NUIT BLANCHE

Entre le souffle d’un lyrisme personnel et le silence qui guette la page, Jean-Philippe Raîche adresse avec son premier recueil publié une Lettre au bout du monde. Rempli d’émotions et de musiques, les mots y circulent avec leurs mémoires, celle de l’enfance en Acadie avec ses sons, ses rappels et ses oublis « pour venger les parjures / les trahisons / le mal / la blessure et la honte / que vous avez gardés cachés » ; avec aussi ses histoires voilées de bord de mer et de « Mascaret » qui « monte » « au milieu de nos villes / raconteurs d’été / à nos digues vaseuses » ; celle également du présent et d’un futur dessinant mobile, la ligne d’horizon, peut-être destinataire ultime de cette poésie perdue tendue vers un accomplissement dont, littéralement, la « lettre » est porteuse : « je sais depuis / que l’horizon est une longue phrase au rythme déployé / j’y tracerai tous nos itinéraires.»

Divisé en quatre sections qui sont autant de saisons dans le cheminement de cette parole poétique, le recueil offre une urgence tremblante. À la fois affirmative et inquiète, la syntaxe scande une sorte de mélancolie énergique, flux et reflux de ce qui se dit et de ce qui est tu. Dans la seconde section, l’écriture prend la forme d’un carnet dans lequel l’autobiographie et la pulsion de nommer pour faire trace, se mêlent à la poésie, « phrasé de l’aube », objet accompagnant le « voyage ». C’est la quête du mot, celui qui rejoindra l’Autre, cet insaisissable double, idéalisation du poète, du poème, du monde ? Le « je » explore l’ailleurs, les rumeurs intérieures et les images s’emmêlent dans les fragments de ce cahier dans lequel Jean-Philippe Raîche propose une définition des « poètes » : « Ils ne meurent pas / mais s’en vont / souvent / pour les sons d’une averse de nuit / il retiennent leur souffle / on ne les entend pas se taire / ils ne font pas de bruit // les poètes ».

Parole fragile et assumée, dans une structure empruntant aux motifs de la construction musicale, Une lettre au bout du monde laisse entendre la naissance d’une voix poétique. Tissé de vent et d’abrupt, un chant « s’élève », à l’écoute de la langue et de l’être. Étonnant premier livre.

Enregistrement