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UNE CLARTÉ MINUSCULE

Robert Yergeau

UNE CLARTÉ MINUSCULE

Le Noroît, Montréal, 2013
138 pages
20 $

La mort, on le sait, les poètes ne parlent que de ça, sous différentes formes, parfois détournées et à leur insu, souvent directement, passant et repassant sur ce thème, n’arrivant jamais à vraiment le circonscrire pour de bon. Robert Yergeau, quant à lui, en franchit le seuil une fois pour toutes avec son dernier recueil, Une clarté minuscule, et ses textes nous laissent en bouche un petit goût de noirceur qui ne nous lâchera pas de sitôt.

Ce recueil posthume, dont une bonne partie des textes ont été écrits peu avant le suicide de l’auteur, ne nous touche pas seulement à cause du contexte tragique qui l’entoure. À la lecture de ce livre, une part de nous se sent mystérieusement concernée par cette familiarité avec la mort qui le traverse.

Yergeau semble avoir écrit ce recueil sans se retourner, semant derrière lui les dernières traces de sa quête poétique, prenant pour tremplin la mort de son propre père et cette « clarté brève » qu’elle lui a inspirée. Et si c’est sur l’évocation d’une difficile rupture amoureuse que se clôt le recueil, la mort avait quant à elle déjà tracé son chemin dans l’œuvre, déjà « fait son travail de nuit », laissant « une porte entrouverte sur le néant » que le poète n’a eu qu’à franchir.

Il est par ailleurs difficile de ne pas être saisi par l’extrême sincérité, à la fois impitoyable et sans concession, qui donne le ton au recueil. Les images, parfois dures, cyniques et teintées d’humour noir, ne sont jamais pathétiques. Toutefois, plusieurs détails de la vie personnelle de l’auteur, notamment en ce qui concerne sa rupture, donnent un caractère très intime à la seconde partie, intitulée « Inventaire après une catastrophe naturelle », ce qui peut rendre légèrement mal à l’aise à certains moments.

Une clarté minuscule est une œuvre qui ne peut pas être oubliée. Elle nous rappelle que, même si tous nos mots sont vains, ceux-ci nous permettent de voir la mort de plus près, de l’apprivoiser, d’aller à sa rencontre. Robert Yergeau a peut-être cédé à son appel trop tôt, mais il nous aura laissé ce très beau témoignage empreint de fragilité, certes, mais aussi de révolte.

Publié le 9 juillet 2015 à 16 h 45 | Mis à jour le 11 juillet 2015 à 8 h 40