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Numéro 105

Annie Proulx

UN AS DANS LA MANCHE

Trad. de l'anglais par André Zavriew
Grasset, Paris, 2005
440 pages
29,95 $

« Brokeback Mountain », la nouvelle extraite du recueil Les pieds dans la boue, qui a connu le succès que l’on sait au grand écran, a certes fait connaître Annie Proulx d’un large public. Cette reconnaissance était précédée d’un succès littéraire des plus enviables : son premier roman, Cartes postales, s’est mérité le Pen/Faulkner Award et son second roman, NSuds et dénouements, le prix Pulitzer et le National Book Award. Et tout porte à croire, si ce n’est déjà fait, qu’elle récoltera autant de succès avec son dernier roman.

Un as dans la manche se révèle être une véritable saga texane, voire américaine. Un roman qui embrasse large, qui plonge au cœur d’un univers méconnu, celui des éleveurs de bétail du sud-ouest américain et des installateurs d’éoliennes, indispensables à la survie des troupeaux qui sillonnaient les vastes plaines poussiéreuses. Annie Proulx se livre ici à un monumental travail de restitution d’une culture aujourd’hui menacée de disparition. Très tôt abandonné par ses parents partis chercher fortune en Alaska, Bob Dollar, le protagoniste du roman, est élevé par un oncle brocanteur de Denver. Après avoir cumulé maints petits boulots, Bob Dollar se retrouve à l’emploi de la Mondiale de la couenne, une multinationale de porcheries industrielles aux prises avec des problèmes d’émancipation propres à la nature de ses activités : le cochon se vend bien, mais personne ne veut de porcherie dans son environnement. Cette fâcheuse situation amène les dirigeants de la Mondiale de la couenne à faire preuve de ruse, voire de subterfuge et de malhonnêteté – de réalisme mercantile quoi – pour arriver à leurs fins. Bob Dollar se voit ainsi confié la délicate mission de repérer des fermes, autrefois consacrées à l’élevage de bétail, qui pourraient être transformées en mégaporcheries. Afin de ne pas éveiller les soupçons des fermiers qui y ont consacré leur vie, ou de leurs héritiers qui ne cherchent qu’à faire fructifier ce qui ne leur paraît être qu’une terre aride et poussiéreuse, Bob Dollar revêt les habits du représentant d’une entreprise immobilière à la recherche de terrains propices à la construction de résidences de luxe.

« Au cours de ses jeunes années, Bob avait souvent l’impression d’avoir une identité fragmentaire, d’être une mosaïque de morceaux mal joints, l’équivalent d’un sac de petits bouts de bois. » À l’image de son protagoniste, Annie Proulx nous livre un portrait saisissant d’une région et des gens qui ont façonné la partie septentrionale du Texas que l’on a surnommée le Panhandle. Les descriptions sont saisissantes de réalisme tout en nous plongeant dans un univers qui nous paraît à certains moments irréel, comme nous semblent l’être les personnages qui l’habitent. L’image que l’on a du Texas et des gens qui y vivent ne sera jamais plus la même après cette lecture.

 

Publié le 26 novembre 2006 à 17 h 59 | Mis à jour le 6 février 2015 à 20 h 34