João Guimarães Rosa

DIADORIM

Trad. du portugais (Brésil) par Maryvonne Lapouge-Pettorelli
Albin Michel, Paris, 2006
502 pages
19,95 $

Diadorim, livre-phare de la littérature brésilienne, se présente comme le long monologue d’un vieux propriétaire foncier racontant ses années de jagunço (homme de main, milicien) dans le sertão brésilien de la fin du XIXe siècle. Sur 500 pages que n’interrompt pas la moindre pause, Riobaldo Tataran retrace, dans une langue brisée, rocailleuse et souvent poétique, ses années d’errance batailleuses dans les terres semi-arides de son arrière-pays natal. Roman régionaliste à forte résonance symbolique, philosophique et métaphysique, Diadorim se pose comme une métaphore du destin de l’homme plongé dans l’aridité de l’existence.

Malgré son sujet, Diadorim n’est pas un livre de guerre ou sur la guerre. Jamais ne sont exposés clairement les enjeux qui poussent les mercenaires à s’entretuer. De ce fait, la notion d’intrigue est pratiquement évacuée de l’ouvrage. Les péripéties du roman, en plus de servir de prétextes pour chanter l’austère beauté du sertão, nourrissent surtout les ratiocinations de Riobaldo sur le sens de la destinée, sur le bien et le mal, sur l’amour et la mort. Ce sont ces réflexions qui constituent le cœur de l’ouvrage de João Guimarães Rosa.

Mort en 1967, ce dernier, médecin de formation, fut également diplomate de carrière, un érudit, spécialiste de la géographie, connaisseur en ésotérisme, en botanique, en philologie et en sémantique. Dès sa parution en 1986, Diadorim fut salué par la critique brésilienne comme un chef-d’œuvre. Aujourd’huicette œuvre est généralement considérée par les spécialistes de la littérature lusophone comme « le » grand roman brésilien du XXe siècle.

Mais attention ! Diadorimconstitue une lecture exigeante. D’abord l’absence de tout repère historique ou sociologique ne facilite pas l’immersion dans le récit. À ce défaut d’adhésion, il faut ajouter le sentiment de dispersion provoqué chez le lecteur par les très nombreuses pistes qui restent sans issue, par le recours systématique à la digression et par la surabondance de détails qui, loin de nous éclairer, noie souvent le tableau d’ensemble. Pour suivre et apprécier les méandres de ce long soliloque, vaut mieux posséder une certaine connaissance de l’histoire et de la culture brésiliennes. Cette ignorance nous a laissé bien en deçà du plaisir escompté de la lecture de Diadorim.

Publié le 26 novembre 2006 à 18 h 47 | Mis à jour le 8 janvier 2015 à 19 h 03