Gérard Bouchard

UASHAT

Boréal, Montréal, 2009
327 pages
25,95 $

Comme l’exige une telle paternité, le dernier livre de Gérard Bouchard se loge à la croisée de l’histoire et de la sociologie. L’histoire y révèle de cruelle façon quel sort frappait les autochtones quand une société blanche lançait à leurs dépens et avec une conscience étale une opération d’épuration urbaine. Sept-Îles chassant de son centre la réserve d’Uashat, ce n’était pas un beau spectacle. La sociologie, quant à elle, ausculte les forces impliquées dans l’écrasement des parias : l’université en mal de subventions, le haut clergé englué dans le bon-ententisme avec le pouvoir financier, l’aliénant progrès technologique, la désillusion de la jeunesse autochtone. L’art consiste ici à donner chair et vie à ce qui risquait de se réduire à un autre défilé de culpabilités exsangues et de vœux larmoyants. Tout, en effet, passe par les tripes d’un jeune stagiaire aux allures d’écorché vif.

Tristement semblable à la plupart d’entre nous, le jeune Florent Moisan ignore tout du monde autochtone. Il y est parachuté par un professeur qui tient davantage à ne pas perdre une subvention qu’à encadrer honnêtement un relevé sociologique. Moisan n’est ni préparé à cette tâche ni maître de ses moyens. Il offrira une balbutiante empathie, bénéficiera d’amitiés généreuses, mais ses erreurs naïves lui donneront tort même quand il méritait mieux. Il assistera, maladroit et révolté, à un répugnant nettoyage ethnique.

Présenté comme un roman, Uashat recourt pourtant à une mise en scène un peu équivoque. Un professeur, Louis-Maurice Larocque, se reconnaît responsable du désarroi de Moisan : il l’a expédié à Sept-Îles sans préparation en songeant aux fonds de recherche plus qu’à la recherche et à son jeune chercheur. Ce détour permet à Bouchard de faire porter à l’université sa part de responsabilité. Astuce efficace et justifiée qui n’empêche pas l’ouvrage de tout devoir au romancier. Du coup, c’est de Bouchard qu’il fallait attendre certaines clarifications. Une jeune autochtone enceinte devait-elle, comme les adolescentes blanches, accoucher au loin et dissimuler son « état » ? Bien des réserves n’en demandaient pas tant. Haute-Rive ne préférait-elle pas l’orthographe de Hauterive ? L’Indien MacKenzie a-t-il pu passer trois ans à la prison de Bordeaux, alors que la limite y est de « vingt-trois mois et 29 jours » ? La structure diocésaine était-elle en place dès 1954 ou la Côte-Nord attendait-elle l’érection de l’évêché de Hauterive par Mgr LaBrie ? Détails qui concerneraient l’historien en laissant au romancier tout son mérite.

 

Publié le 30 décembre 2009 à 18 h 21 | Mis à jour le 29 novembre 2014 à 12 h 16