Pour son dernier polar, Martin Michaud s’est librement inspiré de l’accident tragique du sénateur Ted Kennedy et de l’organisatrice de campagne politique Mary Jo Kopechne à Chappaquiddick, au Massachusetts, à l’été 1969.
Celui qui avait tâté de la question américaine en abordant dans l’intrigue de son précédent roman le sujet de l’assassinat de JFK (Je me souviens) pousse l’audace plus loin cette fois-ci, sortant carrément du cadre québécois des enquêtes de l’inspecteur Lessard. Sous la surface se déroule donc en marge du Super Tuesday, alors que Patrick Adams brigue l’investiture démocrate en vue des présidentielles américaines.
La femme d’Adams, Leah Hammett, a un parcours étrangement atypique pour une éventuelle première dame : cette ex-mannequin grande lectrice de Kerouac affiche même déjà au compteur quelques romans publiés. Or à son retour dans sa ville natale de Lowell (Massachusetts), Leah reçoit un impossible message texte apparemment signé par son amoureux de jeunesse, Chase, pourtant tenu pour mort noyé quelque vingt-cinq ans plus tôt. Mais qui donc cherche à l’atteindre par ce texto sadique ? Tout porte à croire qu’on tente sournoisement de faire dérailler la campagne du candidat Adams… Sous la surface expose les ravages de l’ambition et interroge les conséquences de la trahison.
Avec une telle trame à l’américaine toute à l’action, on pense inévitablement aux suspenses anxiogènes de Coben ou Fitzek. Martin Michaud confirme qu’il sait lui aussi échafauder des histoires de conspiration complexes, savamment stratifiées. En revanche, c’est dans le rendu quelque peu emprunté que des réserves peuvent atténuer le degré d’adhésion. Difficile en effet de se laisser manipuler lorsque apparaissent les ficelles. En voulant écrire un roman typiquement américain, Michaud semble en apparence tomber dans le piège des clichés dont le genre est souvent farci (construction convenue de l’intrigue, réactions et comportements des personnages attendus). Le canevas de ce type de thriller est à ce point mécaniquement respecté qu’on a parfois l’impression de relire une histoire connue.
Or il s’avère à la lecture des derniers chapitres que derrière cette structure en surface prévisible, se cache, immergé, un scénario franchement astucieux. Seulement, il faut donner le temps au stratège de révéler toute la densité de ce mystère positivement confondant pour que soit exposée enfin l’intelligence de construction maligne de ce roman diablement efficace.