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Numéro 164

Joe Biden

PROMETS-MOI, PAPA

Trad. de l’anglais (États-Unis) par Thierry Cruvellier et Sébastian Danchin
L’Archipel, Paris, 2021
323 pages
31,95 $

Un jour de 2014, le vice-président des États-Unis a promis à son fils aîné, condamné par le cancer à une mort prématurée, de devenir le prochain président américain. Il fallait donc tenir parole pour l’avant-dernière campagne présidentielle (de 2016), pour laquelle Hillary Clinton était pourtant perçue comme la favorite.

Joe Biden, biographie, de Jean-Éric Branaa, brossait le portrait du nouveau président des États-Unis juste avant l’élection de 2020 (voir Nuit blanche, numéro 161). Mais ici, dans ce témoignage plus ancien et plus intimiste paru initialement en 2017, c’est peut-être la confidence la plus douloureuse que Joe Biden partage, en offrant à ses corédacteurs des extraits de son journal intime et de ses notes pour évoquer la disparition prématurée de son fils Beau Biden (1969-2015). Cependant, on devine par le style journalistique – cela saute aux yeux – que ce texte qui emploie le « je » a en fait été rédigé à plusieurs mains, ne serait-ce que par ces nombreux passages laissés à la troisième personne : « [L]a campagne de Biden en 2016 allait prendre du retard ». Compte tenu du titre et du contexte, on pourrait anticiper un texte larmoyant émaillé de regrets et de soupirs ; mais les 200 premières pages racontent en fait sa vice-présidence et sa stratégie électorale de 2016. Évidemment, au moment de la parution initiale de Promets-moi, papa aux États-Unis, Joe Biden ignorait que son souhait d’occuper la Maison-Blanche allait vraiment s’accomplir.

Au-delà du caractère autobiographique (et hagiographique) de cet ouvrage, l’autre intérêt est de pouvoir côtoyer au quotidien le président Barack Obama, comme Joe Biden l’a fait durant huit années à la Maison-Blanche. Une confiance et une estime mutuelles sont nées et ont mûri, si bien que Barack Obama lui déclara en privé, en 2015 : « Si je pouvais nommer quelqu’un à la présidence pour les huit prochaines années, ce serait vous, Joe […]. Nous partageons les mêmes valeurs, la même vision, les mêmes buts ». En filigrane, la dernière moitié du livre montre l’organisation et l’évaluation des appuis potentiels en vue de la campagne à venir, qui devait être « la bonne ». Joe Biden se devait de tenir sa promesse électorale faite à son fils.

Alors que la biographie de Jean-Éric Branaa montrait largement le parcours d’un candidat depuis ses débuts dans l’arène politique, Promets-moi, papa s’apparente davantage à un cri du cœur, avec des moments poignants tels que la maladie incurable de son fils bien-aimé, ses passages obligés vers la clinique, leurs espoirs contrariés, une surabondance de mauvaises nouvelles et de peine, avant et après le deuil. Plusieurs passages sont désespérés, presque déprimants. Les dernières pages regroupent des éloges funèbres de différents membres de la famille Biden. La traduction élégante de Thierry Cruvellier et Sébastian Danchin étoffe le texte initial, notamment par l’emploi fréquent du passé simple : « Nous mangeâmes, rîmes et exprimâmes nos espoirs ».

Publié le 10 novembre 2021 à 16 h 19 | Mis à jour le 10 novembre 2021 à 16 h 19