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Numéro 164

Minette Walters

AU TOURNANT DE MINUIT

Trad. de l’anglais par Odile Demange
Robert Laffont, Paris, 2021
422 pages
33,95 $

« À l’aube de l’an 1349, la peste noire continue de ravager l’Angleterre. » Au sud-ouest de l’île, au bord de la Manche, les habitants du Dorsetshire – aujourd’hui Dorset – essaient tant bien que mal de se prémunir contre la terrible maladie. Et tous ne sont pas animés des meilleures intentions.

Dans la saga historique Au tournant de minuit, l’autrice britannique Minette Walters – qui vit par ailleurs dans le Dorset – rappelle les codes sociaux qui étaient en pratique au Moyen-Âge dans son coin de pays. Dès sa naissance, chacun savait à quels stricts comportements sociaux il devait se plier, selon son rôle et son rang et surtout selon son sexe. Gare à celui – et encore pire à celle – qui se rebelle et ne les respecte pas. Lady Anne de Develish – la protagoniste qui sait « lire et écrire et est versée en médecine » est différente des autres seigneuresses et la société anglo-saxonne le lui fera souvent peser et regretter. « Les seules compétences que possédaient la plupart des femmes de son rang étaient la broderie et l’administration des domestiques. »

De l’automne 1348 au printemps 1349, Lady Anne mènera un dur et vaillant combat contre la peste des corps et des âmes, y compris contre celle de la noblesse, des prêtres ou des serfs corrompus. Chrétienne convaincue, elle véhicule un message de tolérance étonnant pour l’époque, alors que nulle part en Europe les nobles n’étaient particulièrement reconnus pour leur bienveillance.

Après être devenue veuve d’un mari tyrannique et même plutôt abject, qui plus est un Normand illettré, donc d’origine française, la pieuse Saxonne gouvernera avec sagesse et saura reconnaître les bons éléments sous sa juridiction. Le serf Thaddeus Thurkell, un « esclave de naissance illégitime », est aussi parfait que son aristocratique patronne – ce qui n’est pas peu dire. Il se détache du lot et la sert avec zèle. En plus d’être grand, beau et fier, il est « intelligent, instruit et éduqué ». La suite se laisse aisément deviner.

Il est facile en 2021, en pleine pandémie, de faire un lien entre les précautions nécessaires pour limiter la prolifération de la COVID-19 et celles permettant de contenir la peste noire. Minette Walters a effectué une recherche historique remarquable pour l’ensemble de son œuvre et, bien qu’Au tournant de minuit soit paru en anglais en 2018, les similitudes entre COVID-19 et peste noire sont parfois étonnantes. « Il n’y aurait plus d’avenir pour Develish si une brèche était ouverte dans sa muraille et si la pestilence s’introduisait à l’intérieur. »

Même s’il est la suite des Dernières heures, le deuxième volume de la série se lit fort bien sans avoir parcouru le précédent, la romancière ayant fourni en guise d’introduction des cartes géographiques ainsi qu’une liste des lieux, personnages et événements qui facilite la compréhension du lecteur.ù

Minette Walters est née en 1949 près de Londres. De 1992 à 2007, elle écrit des romans policiers qui obtiennent plusieurs récompenses prestigieuses dont le Edgar Allan Poe Award ou le Gold Dagger Award. Après une pause de dix ans, elle publie maintenant des romans historiques.

Publié le 11 novembre 2021 à 9 h 45 | Mis à jour le 11 novembre 2021 à 9 h 45