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Numéro 106

Yvon Rivard

PERSONNE N’EST UNE ÎLE

Boréal, Montréal, 2006
258 pages
25,95 $

« […] je lisais comme d’autres allaient communier, pour trouver la force et la lumière nécessaires afin de comprendre, supporter ou magnifier l’existence humaine », écrit Yvon Rivard dans l’un des essais regroupés ici sous le titre Personne n’est une île, publiésdans la collection « Papiers collés » chez Boréal. D’abord parus dans des revues ou des ouvrages collectifs, les essais de ce recueil se divisent principalement en trois parties qui illustrent, chacune à leur façon, la démarche de l’écrivain qui tantôt interroge ce qui l’a conduit à l’écriture, tantôt cherche une explication à la constante remise en question de l’écrivain québécois et, enfin, revisite le travail des écrivains qui l’accompagnent dans sa propre quête.

La première partie, intitulée « Les enfants de la lumière », rassemble des textes davantage personnels, au sens où ils nous livrent des expériences et des opinions diverses sur le plaisir du jeu, de la contemplation, de la découverte de l’écriture, mais également des réflexions sur des thèmes maintes fois débattus dans les revues auxquelles Yvon Rivard a collaboré au cours des dernières années, qu’il s’agisse de l’indépendance, de l’enseignement ou de la génération lyrique à laquelle il appartient. La seconde partie, « L’héritage de la pauvreté », regroupe des textes consacrés à des écrivains – Saint-Denys Garneau, Jacques Brault, Gaston Miron, Gabrielle Roy – qui ont en quelque sorte dû apprendre à se dépouiller d’eux-mêmes pour trouver une voie, la leur, qui les conduise du silence à la parole, de l’obscurité à la lumière, du vide à ce qui bat en chacun de nous et qu’il faut apprendre à nommer, à saisir. Tout l’art du dépouillement, du renoncement est interrogé, à nouveau, sous l’angle de l’appartenance à une société qui cherche encore à se définir. Ces textes sont par moments d’une limpidité, d’une luminosité étonnantes compte tenu du propos qui nous plonge au cœur du travail d’extraction de sens dans un monde qui en produit de moins en moins. La dernière partie est consacrée aux écrivains qui ont et qui continuent d’inspirer la démarche du romancier et de l’essayiste : Virginia Woolf, Peter Handke, Rainer Maria Rilke, Danilo Kis, Raymond Carver. Rivard établit ici un véritable dialogue avec les écrivains qu’il revisite pour trouver réponse à la question qui nous hante tous au fur et à mesure que les années passent. C’est encore une fois vers Virginia Woolf qu’il se retourne : « Quel est le sens de la vie ? […] La grande révélation ne vient peut-être jamais. Elle est remplacée par de petits miracles quotidiens, des révélations, des allumettes frottées inopinément dans le noir ; en voici une ».

Et ce recueil d’essais en comporte plusieurs autres. S’y frotter est un pur plaisir.

Publié le 10 mars 2007 à 10 h 30 | Mis à jour le 8 février 2015 à 19 h 08