Patrick Roegiers

DIANE ARBUS

OU LE RÊVE DU NAUFRAGE

Perrin, Paris, 2006
285 pages
32,95 $

Lorsqu’on considère l’œuvre d’un artiste, combien il semble utile de connaître les circonstances qui ont suscité son émergence. Dans son essai consacré à Diane Arbus, Patrick Roegiers, auteur entre autres d’une vingtaine d’ouvrages sur la photographie, nous présente à la fois l’œuvre et les circonstances. En plus de procéder à une analyse minutieuse des photographies léguées par Diane Arbus, l’auteur situe l’artiste parmi ses contemporains, parmi ceux qui l’ont précédée dans ce domaine, et ceux sur lesquels elle a laissé sa marque.

Diane Arbus est américaine, de cette Amérique particulière des années 1960. Elle est juive. Elle est photographe à un moment où la photographie commence à être reconnue comme un art à part entière. Chacun de ces éléments, qui constituent parmi d’autres sa personnalité, sont mis à profit dans une approche méthodique de son œuvre. Elle a fait ses débuts dans le domaine de la mode, l’a abandonné pour mieux s’affirmer dans une recherche qui, s’écartant de l’accessoire, ne s’intéresse qu’au sujet et à ses particularités. S’affirmant, l’artiste s’est aventurée dans un monde autre qu’elle nous fait partager à travers une série de « documents » qui, analysés par Patrick Roegiers, nous mettent en présence de maux affligeant la société.

L’œuvre, dans son ensemble et par son approche directe, est parvenue à mettre la force du médium au service de l’expression de la vérité. Chaque photo est le produit d’une vision sélective. La belle forme est écartée comme le sont les conventions. Diane Arbus n’invente pas l’Amérique, elle la montre telle qu’elle est. Le corps, souvent le point focal de son regard, n’a rien des objets sensuels convoités. Il est nu, tatoué, disproportionné, et traduit la misère humaine.

Patrick Roegiers nous donne ici tous les éléments pour découvrir, revisiter et mieux apprécier l’œuvre de Diane Arbus, célébrée mondialement depuis sa mort inexpliquée en 1971 à l’âge de quarante-huit ans. À ce travail magistral, il ne manque que la reproduction des photos auxquelles l’auteur fait référence, que l’on peut heureusement retrouver dans les albums rassemblant l’essentiel de l’œuvre de Diane Arbus.

Publié le 10 mars 2007 à 10 h 32 | Mis à jour le 9 février 2015 à 19 h 00