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Numéro 110

Claire Castillon

ON N’EMPÊCHE PAS UN PETIT CŒUR D’AIMER

Fayard, Paris, 2007
156 pages
22,95 $

L’amour ne serait pas l’apanage des gens aimants, selon Claire Castillon, qui s’évertue à nous le démontrer dans ces vingt et quelques nouvelles où les amoureux présentent un cœur sec, pingre, bête ou égoïste. Et quand ils se donnent à l’autre, c’est dans un accès de folie, comme dans « La prunelle de mon œil » où un époux miné par la jalousie maladive de sa femme, qui l’accuse injustement de regarder avec convoitise les autres créatures de sexe féminin, n’hésitera pas à s’énucléer pour la rassurer.

Qu’on se le dise : il s’agit bien de la même Claire Castillon qui nous avait donné l’excellent Insecte paru en 2006, recueil de nouvelles sur la relation mère-fille, traduit en douze langues. La voici qui reprend sa plume acérée avec tout le génie qu’on lui connaît.

Ses lecteurs savent ses procédés littéraires : de courtes histoires avec des chutes à couper le souffle et des récits fictifs narrés par le personnage principal qui le plus souvent soliloque. Mais cette fois, l’écrivaine s’est aventurée sur le difficile terrain du dialogue exclusif dans ses nouvelles « Salarié ou chef d’entreprise » et « Nos enfants ingrats ». Elle remporte haut la main le pari de développer une histoire qui évolue de manière logique à travers les circonvolutions du bavardage, avec une efficacité que ne désavouerait pas Amélie Nothomb elle-même.

Que Castillon construise l’œuvre d’une vie, cela est indéniable. Il n’est donc pas surprenant que le présent recueil réponde en écho à Insecte, avec la nouvelle « Une araignée au plafond » où une fille vole littéralement le cœur de son père et devient la rivale de sa mère, tandis que le précédent livre exposait en récit-miroir la triste histoire d’une femme cocufiée par sa génitrice. On retrouve aussi la mère-mante religieuse dans « Bêtes à concours », dévorant son fils de toutes les manières symboliques possibles.

On peut ne pas apprécier ce que raconte Claire Castillon, mais peut-on ne pas la lire ? Impensable !

Publié le 19 mars 2008 à 18 h 11 | Mis à jour le 30 novembre 2014 à 19 h 43