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Michaël La Chance

ŒUVRES-BOMBES ET BIOTERREUR

L'ART AU TEMPS DES BOMBES

Intervention, Québec, 2007
201 pages
19,95 $

Michaël La Chance nous a déjà habitués à ses réflexions sur les rapports qu’entretient notre société moderne avec les arts, rapports parfois tempétueux, rapports dénaturés en quelque sorte par une perception faussée de l’art, qui fait de celui-ci un élément subversif, voire explosif. De tels rapports conduisent alors à bien plus loin que la simple censure : vers la répression, la destruction quelquefois de l’œuvre.

La Chance considère quelques cas précis, récents, où se manifeste clairement la paranoïa de ce temps post-11 septembre, de ce temps où nous ne connaissons pas toujours ni les intentions ni les auteurs des actes terroristes. C’est aussi un temps de surabondance d’images et d’une peur de celles-ci. Alors pour en accepter la destruction, on se dit que ces œuvres ne sont que des symboles et pas des êtres humains. Que devient alors, à une telle époque, la liberté de l’artiste ?

On peut difficilement traiter de subversive l’œuvre d’Arthur Villeneuve (1910-1990), même si c’est un art indiscipliné. Il est atypique parce qu’il s’aligne sur un modèle différent de celui qu’offre la tradition. En fait, Villeneuve, quoiqu’on l’ait dit naïf, est un peu comme un artiste actuel, indifférent aux matériaux traditionnels, à la technique, à la permanence même de l’œuvre.

Sa maison-musée qui se trouvait sur la rue Taché, à Chicoutimi, est de toutes ses créations la plus atypique. C’est une œuvre environnementale avant l’heure, en rupture avec toutes les conventions et donc sujette à la controverse. À la mort de l’artiste en 1990, la survivance de cette œuvre, unique, devient conditionnelle. Simple symbole, elle pourrait être détruite sans qu’on ait à déplorer la perte d’une vie humaine. Et si elle a été heureusement conservée, elle ne l’a été nullement parce que créée pour être candidate à l’éternité et entrer dans l’histoire de l’art du Québec, du Canada.

Cette grande liberté qu’a prise Villeneuve n’était pas pour se libérer des codes de l’art. Il ne les connaissait tout simplement pas. Celle que prend Michaël La Chance dans L’inquisitoriale vise à s’affranchir de la tyrannie du langage. Pourquoi, en effet, ne pourrions-nous pas envisager ce que serait la communication des âmes s’il n’y avait pas eu l’invention du langage ?

Publié le 22 mars 2008 à 13 h 14 | Mis à jour le 18 novembre 2014 à 13 h 36