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Jean-Claude Germain

NOUS ÉTIONS LE NOUVEAU MONDE T. 1

LE FEUILLETON DES ORIGINES

Hurtubise, Montréal, 2009
253 pages
22,95 $

L’histoire peut être contée. C’est du moins ce que l’on retient à la lecture de ce savoureux ouvrage. Jean-Claude Germain dont on connaît l’exubérance a décidé de nous raconter à sa manière l’histoire des « canayens » de l’arrivée de Jeanne Mance en Nouvelle-France, elle qui incarne à ses yeux « la femme moderne de 1640 », à la création de Colas et Colinette ou le bailli dupé de Joseph Quesnel présenté par le Théâtre de société à Montréal en 1790.

Nous étions le nouveau monde propose un tour d’horizon savoureux, souvent amusant, toujours peut-on croire documenté, et pimenté de remarques typiques de son auteur. Car c’est le style qui crée cet essai. On est fort loin de la plume de l’universitaire, fût-il à la recherche d’un public populaire : on est dans un récit qui se fonde sur l’oralité, empruntant joyeusement toutes les techniques du conteur, y inclus la recréation de dialogues et d’esquisses de portraits qui frôlent l’impertinence : « Le marquis de Montcalm est l’incarnation par excellence du ‘p’tit français contraireux’ qui a une opinion définitive sur tout et sur rien. Aussi petit de taille que Vaudreuil est un grand jack, et aussi vif que le Canadien est posé ». À grands traits, Germain brosse un portrait réjouissant qui, tout en s’intéressant aux grands hommes et à quelques grandes femmes, cherche à faire revivre le quotidien du peuple et les abus de ceux qui gouvernent. L’histoire devient alors sociale et là est une des qualités de l’ouvrage. Tout comme il consacre un bel espace aux premières manifestations culturelles.

Germain écrit avec style et panache une histoire dans laquelle les anecdotes foisonnent. À la limite, on s’interroge sur le sérieux de l’aventure : et si tout ce qu’il nous racontait n’était qu’une interprétation toute personnelle et fortement subjective de notre passé ? Pourtant, il cite abondamment des sources parfois obscures, tout en nous laissant dans un vague généreux quant à leur exactitude. Et puis, peu importe : l’auteur semble jouer avec sérieux, écrivant avec fougue ce qu’il perçoit de notre passé. Pour notre plus grand plaisir. Il ne manque au livre qu’un disque compact pour l’entendre narrer.

Publié le 20 mars 2010 à 12 h 24 | Mis à jour le 7 janvier 2015 à 11 h 47