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Edem Awumey

MINA PARMI LES OMBRES

Boréal, Montréal, 2018
353 pages
29,95 $

Voici un cinquième roman pour cet auteur déjà avantageusement connu en Afrique et en France, dont le roman Les pieds sales avait été sélectionné pour le prix Goncourt en 2009.

Installé depuis quelques années au Québec, cet artiste originaire du Togo nous propose l’histoire de Kerim, photographe de son métier, exilé à Montréal, mais revenu pour un séjour dans sa ville natale en Afrique. Il tente d’y retrouver une ex-amie de cœur, Mina, disparue de la circulation depuis quelques semaines, et dont tous ont perdu la trace.

Dans ce pays (jamais mentionné explicitement) coexistent des musulmans et des chrétiens. Du côté musulman, on subit les assauts de l’intégrisme et du salafisme et, du côté chrétien, celui de l’exaltation de prêcheurs autoproclamés. Mina apparaît comme une des rares lumières dans cette obscurité qui s’abat petit à petit sur la liberté d’agir, de penser.

Ex-actrice d’un petit théâtre et ex-libraire, Mina a tout de la combattante dont le courage n’a que faire des graves dangers qui la menacent : un esprit indépendant, fougueux, qui assume, malgré une famille pieuse, sa vie de femme, ses convictions, son corps, son désir de dignité démontré par son combat acharné en faveur des marginaux. Mais un malheur semble être survenu, car Mina est introuvable. Bizarrement, elle avait depuis peu fermé sa librairie. Un attentat terroriste, le premier dans l’histoire du pays, a lieu durant un spectacle, lançant la police nationale aux trousses des comploteurs, dont elle pourrait faire partie.

Dans ce décor d’événements troubles, plusieurs signaux pointent vers une issue potentiellement tragique : Mina semble bel et bien confinée dans l’ombre, comme l’indique le titre du roman…

De son côté, Kerim, artiste rêveur, qui a partagé avec Mina une grande complicité sensuelle et intellectuelle, essaie tant bien que mal de la retrouver.

À travers son investigation, on parcourt les bas-fonds de la ville (nommée Port) et on découvre la peur et la solidarité des démunis, l’incurie de la police locale, la montée de la fièvre religieuse en réponse à la misère et à la corruption des élites. Un roman dense, à la fois tragique et ironique : le travail accompli d’un véritable écrivain.

Publié le 9 avril 2020 à 13 h 17 | Mis à jour le 23 avril 2020 à 13 h 21