Rima Elkouri

MANAM

Boréal, Montréal, 2019
219 pages
22,95 $

Ce premier roman de l’auteure Rima Elkouri relate l’histoire de Léa, une institutrice montréalaise cherchant les traces du passé de sa grand-mère, Téta, d’origine arménienne, qui a fui la persécution turque de 1915 et trouvé refuge au Québec.

Le roman est intéressant car il ramène près de nous, Québécois privilégiés qui avons été grandement épargnés par les vicissitudes maléfiques de l’Histoire, un des grands drames du XXe siècle.

Comme nous en avons tous entendu parler, les Arméniens ont subi un véritable génocide : il est estimé que 1,5 million d’entre eux ont été massacrés entre 1915 et 1922 par un régime ottoman (turc) épris d’homogénéité raciale. Cette épouvantable tragédie est encore fermement niée par la Turquie actuelle.

Dans cette aventure un peu folle, singulière, l’enseignante célibataire profite de ses vacances d’été pour retourner en Turquie, afin de retracer le cheminement de ses grands-parents car, comme le dit la narration, « les fantômes du passé hantent nos gênes même si on ignore leur existence ».

Avec l’aide de son guide local Sam, documentariste, elle tente de mieux cerner le passé de sa grand-mère, qui avait fui la violence de l’armée turque vers Alep, en Syrie, puis vers Montréal à la fin des années 1950. Une grand-mère gâteau, morte à 107 ans, qui la gavait de pâtisseries orientales, et qui s’épanchait sur nos glorieux Canadiens de Montréal, mais qui, malgré sa vivacité, portait en elle « cette tristesse au fond de son regard, même quand elle souriait ».

Roman célébrant la mémoire, roman tragique, mélancolique, cette œuvre de fiction, mais qu’on sent bien proche de la réalité personnelle de l’auteure, rappelle que plusieurs immigrants portent en eux des histoires riches mais méconnues, que les descendants ont quasiment le devoir de faire connaître, de révéler.

Publié le 9 avril 2020 à 13 h 24 | Mis à jour le 23 avril 2020 à 12 h 49