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Manuel Vázquez Montalbán

MILENIO CARVALHO

Trad. de l'espagnol par Denise Laroutis
Christian Bourgois, Paris, 2006
803 pages
49,95 $

Dès les premiers kilomètres à bord de la bringuebalante Fiesta du détective, le voyage entrepris par Pepe Carvalho se transforme en une cavale puisqu’un richissime homme d’affaires l’accuse du meurtre d’un réputé sociologue, Anfruns, et ce, preuves à l’appui !

Dans Milenio Carvalho, Manuel Vázquez Montalbán nous en met plein la vue : sur les pas des deux compères, nous nous tapons un tour du monde en 800 pages ! Divisé en deux parties d’égale longueur – « Cap sur Kaboul » et « Aux antipodes » –, le roman démarre sur le ferry Barcelone-Gênes alors que, sur l’initiative de Biscuter, le détective et son assistant dévoué se font passer pour de faux Français du Midi (accent catalan de Biscuter exige !) : François Bouvard et Juste Pécuchet. Débute alors une longue série d’aventures dans les divers pays visités et, sous la plume de Montalbán, fidèle à sa verve, le texte, truffé des truculents commentaires de Carvalho, déploie sa richesse pour le plus grand plaisir du lecteur. Comment résister à vous offrir l’une de ses perles « Dès que les dieux interviennent, c’est la chienlit. Ils ont failli nous saloper le vin ou la bière, aussi je préfère les breuvages créés par les barmen, les cocktails sont les véritables boissons humaines, tu remarqueras qu’aucun dieu n’a jamais mis un miracle sur le dos du dry gin ou du Singapour Sling que nous prendrons à l’hôtel Raffles de Singapour au cours de notre tour du monde. Par contre, à un moment donné de la généalogie des vins ou des bières, les dieux interviennent, même pour favoriser les incestes, comme dans la tradition judéo-chrétienne, épisodes que j’ai toujours considérés comme un lointain précédent du cinéma porno. »

On déguste le dernier Manuel Vázquez Montalbán lentement, comme on savoure la dernière bouteille d’un grand cru, par petites lampées, histoire d’imprégner une dernière fois nos papilles d’un goût unique, sans pareil. Manuel Vázquez Montalbán, mort en octobre 2003, signe avec Milenio Carvalho, à la fois la fin – ma foi surprenante ! – d’un personnage et la fin d’une œuvre.

Le legs d’un auteur prolifique et magnifique !

Publié le 7 octobre 2007 à 15 h 41 | Mis à jour le 16 février 2015 à 10 h 41