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Mike Goodridge

MÉTIER : RÉALISATEUR

QUAND LES MAÎTRES DU CINÉMA SE RACONTENT

Trad. de l’anglais par Olivier Cotte
Dunod, Paris, 2014
192 pages
44,95 $

Quand les maîtres du cinéma se racontent… ils discutent de mise en scène et de leurs relations avec leurs producteurs ! Autrefois rédacteur de la revue Screen International, Mike Goodridge présente une vingtaine de ses réalisateurs favoris, d’Olivier Assayas à Zhang Yimou, sans oublier Michael Haneke et Park Chan-wook. Chacun se livre brièvement par quelques anecdotes et des conseils. L’ouvrage est centré sur le cinéma actuel ; les notices sur quelques cinéastes de légende (Ingmar Bergman, John Ford, Alfred Hitchcock, Akira Kurosawa) sont comme de brefs passages obligés qui ne présentent qu’un survol, sans entretiens. On pourrait méditer quant au bien-fondé de l’expression « les maîtres du cinéma » employée abusivement dans le titre, car ce panthéon des réalisateurs reste en fait très discutable : l’auteur a même inclus Clint Eastwood, Stephen Frears et Guillermo del Toro ! Mais il néglige de mentionner Woody Allen et passe sous silence le cinéma documentaire…

Parmi les cinéastes consultés, Pedro Almodóvar raconte que ses décorateurs lui proposaient d’emblée des projets de décors similaires à son classique Femmes au bord de la crise de nerfs (1988), alors que celui-ci tenait à ne jamais se répéter d’un film à l’autre. De son côté, le Turc Nuri Bilge Ceylan reconnaît vouloir tout diriger, car « le réalisateur est la seule personne, sur le plateau, qui comprend et connaît le film ». Le portrait le plus instructif est consacré à Terry Gilliam, réalisateur pourtant très moyen lié au cycle du Monty Python produit dans les années 1970, mais qui fournit généreusement un extrait du découpage dessiné du long métrage Brazil (1985) auquel l’éditeur a ajouté sur la page opposée quelques images correspondantes tirées du film réalisé. Les réflexions de Terry Gilliam sont souvent révélatrices : « Pour moi, la partie la plus pénible de la réalisation, c’est le tournage. L’écriture et la conception sont agréables car tout est visuel ».

Sur le plan éditorial, Métier : réalisateur est un régal par la diversité de sa documentation : nombreux photogrammes judicieusement choisis, extraits de scénarios et de manuscrits, fac-similés de croquis et découpages techniques. Ce livre ne prétend nullement servir d’initiation au cinéma, mais les jeunes cinéphiles s’intéressant aux aspects techniques de la mise en scène trouveront ici une rare référence en langue française. Un ouvrage similaire est paru dans la même collection : Métier : directeur de la photo.

Publié le 3 octobre 2014 à 9 h 03 | Mis à jour le 27 octobre 2014 à 11 h 09