Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > MAUDIRE LES ÉTOILES

Sébastien Bérubé

MAUDIRE LES ÉTOILES

Perce-Neige, Moncton, 2019
133 pages
18 $

Comment s’opposer à l’injustice ? À l’abus ? Comment lier sa vie à celle de la société ? Comment réussir à trouver une harmonie dans le chaos ? Faut-il partir ou rester ? D’un recueil à l’autre, l’auteur tente de trouver une réponse à ces questions.

Dans Sous la boucane du moulin (2015), cette usine de pâtes et papiers qui pollue Edmundston tout en la faisant vivre, Bérubé écrit : « Je suis d’une génération sans repères / Qui laisse le monde disparaître / Pour mieux en faire partie ». Il est de « l’ère fécale », propos qu’il approfondit dans Là où les chemins de terre finissent (2017). Si le premier se centrait sur sa ville et sa jeunesse, le deuxième consacre plusieurs textes à sa province, le Nouveau-Brunswick, et aux personnes qui y habitent. Le ton peut être amer, parfois tendre, parfois pessimiste, souvent inquiet : « J’ai des jeunes poètes qui font les pour et les contre / Pour se convaincre que tout n’est pas noir ou blanc / Pour se construire un hymne / Sur fond gris ». Là où le chemin de terre arrête, l’asphalte commence…

Maudire les étoiles pose la question de partir ou de rester : « Ici, l’air que tu respires / Est celui qu’on ne respire pas / Et on attend que tu partes / De Dead City ». Il partira non sans avoir brossé un portrait noir de ce monde : « Ils ont construit des rivières de pétrole / Où nagent des sourires plastifiés » et où « Les poissons ont commencé à nager sur le dos ».

Cette quête initiatique le conduit d’abord en lui-même : « Je porte mes cicatrices / Comme les tatouages / D’un passé / Dessiné à la main / Gribouillé / De mauvaises décisions / Et de bouteilles vides ». Suit la révolte qu’il exprime dans la suite « Revendiquer les excès », une énumération dont chaque composante est introduite par un « je veux » cinglant. Portrait d’une société vidée d’idéal, matérialiste et égoïste.

Demeure la relation amoureuse comme source d’espoir dans l’idée de « Partir en même temps », mais, finalement, ce sera dans deux directions différentes. Le souvenir est vivace, les poèmes empreints de la douleur de la perte. Après un rappel de l’enfance dans lequel souvenirs heureux et contraintes préparatoires à la vie d’adulte s’opposent, il décide de « Partir pour revenir » et agir dans son milieu d’origine.

Les poèmes sont incisifs, collés à la réalité. Poésie narrative qui se prête bien à la lecture et qui raconte plutôt qu’elle analyse. Du concret, Bérubé dégage sa vision du monde en se basant sur les petits faits de la vie quotidienne, puis en élargissant son point de vue par étapes : lui, sa ville industrielle, sa province, son pays, le monde, pour finalement revenir sur lui. Un cercle. Il est intéressant de noter que l’auteur travaille comme agent de développement culturel et communautaire pour la Première Nation malécite du Madawaska, ce qui permet de faire le lien avec le cercle sacré. De la spiritualité amérindienne, il retient l’interdépendance de toutes choses.

Publié le 29 octobre 2020 à 8 h 18 | Mis à jour le 29 octobre 2020 à 8 h 18