Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > ELLE S’APPELAIT MIGNONNE

Guildor Michaud

ELLE S’APPELAIT MIGNONNE

La Grande Marée, Tracadie-Sheila, 2019
308 pages
28,95 $

Chacun des romans de l’auteur repose sur une enjeu social : violence familiale et inégalité sociale (Le morveux), viol incestueux (Noooooon !), acharnement thérapeutique (Kathie et Jérémie).

Dans tous les cas, les personnages principaux vainquent les obstacles : sans être moralistes, ces romans commentent la société et tentent de montrer qu’à chaque problème, une solution existe.

Mignonne pose le problème de la maladie mentale, notamment de celle qui afflige Onézime Hétu. Celui-ci a abusé sexuellement sa fille Mignonne, laquelle à son tour a sombré dans une maladie mentale qu’on ne précisera pas. Onézime a pour voisin Placide Sanfaçon. Tous deux sont producteurs laitiers. Placide est le bon gars par excellence : tout l’opposé de son voisin. C’est autour de ce doux et naïf personnage que se structure le récit.

Or Mignonne est fort jolie, et Placide succombe, une fois, aux charmes qu’elle lui propose. Quelque temps après, Mignonne se laisse embobiner par le courailleux du village, qui la rejette alors qu’elle est enceinte. Contre l’avis de tous et dans l’espoir qu’elle finisse par l’aimer, Placide décide d’épouser Mignonne, sauvant ainsi les apparences. Mais Mignonne ne veut rien savoir de lui et elle finira par tenter de le tuer lors d’une de ses crises, ce qui conduira à son hospitalisation dans un institut psychiatrique. L’enfant, Régine, grandit chez Placide et sa mère, sans rien savoir de son origine. Quand commence le roman, Régine a 18 ans, et le temps est venu de lui dévoiler qui sont ses parents biologiques.

Michaud sait conter une histoire et il sait également développer des personnages. De plus, sa plume est sûre et élégante, classique à souhait. Le récit se répartit entre le journal intime de Mignonne, qu’elle écrit parce que sa psychiatre l’y oblige (on demeure sceptique en appréciant la qualité littéraire de la plume d’une jeune femme qui n’est pas allée à l’école bien longtemps et qui n’a jamais manifesté d’intérêt pour la lecture), et la vie de Placide, dans laquelle les retours en arrière éclairent les actions du présent.

Les affres de Mignonne, les crises d’Onézime qui prennent la forme d’attaques contre les biens et la personne de Placide, les hésitations de ce dernier et sa difficulté à accepter que les sentiments amoureux qu’il peut éprouver peuvent ne pas être partagés, la réticence de Régine à accepter ce qu’on lui cachait, et les attitudes des autres personnages (les violences et la domination subies par la femme d’Onézime, la générosité de la mère de Placide, le calme de sa sœur, la sérénité de la vétérinaire amoureuse de ce dernier) se heurteront jusqu’au paroxysme…

Si les personnages sont fouillés et si les situations demeurent vraisemblables, l’accumulation de malheurs et quelques raccourcis créent un certain doute quant à la crédibilité qu’on peut accorder à l’ensemble. Le mélodrame l’emporte sur le drame et, en voulant nourrir son intrigue et multiplier les anecdotes, Guildor Michaud se laisse emporter par la vivacité de sa plume.

Publié le 29 octobre 2020 à 8 h 11 | Mis à jour le 29 octobre 2020 à 8 h 11