Zachary Richard

ZUMA 9

Écrits des Forges, Trois-Rivières, 2019
135 pages
16 $

Entre sa maison d’« Outre le Mont » au Québec et sa résidence des Chênes du Marais en Louisiane, l’auteur réfléchit au sort du monde et dénonce les injustices. Et toujours les oiseaux lui apportent l’apaisement.

« Sur la plage de Zuma 9, on ne peut plus avancer. Cette plage incarne les limites d’une trajectoire entre terre et mer, joie et souffrance, croissance et disparition, mal et bien, amour et manque d’amour. » Ainsi s’ouvre ce quatrième recueil du Louisianais.

La plage Zuma de Malibu a quatorze tours de sauveteurs. On déconseille aux baigneurs et surfeurs d’aller en mer entre les tours 8 et 9 à cause des courants. Cette plage est également le lieu d’évacuation désigné lors d’un tremblement de terre. Zuma symbolise le danger, la fragilité, mais aussi l’excès : les vagues y appellent les surfeurs aventureux.

Et cette plage est « peuplée de toutes les races, traînant toute la crasse / pour la jeter dans l’océan qu’on appelle Pacifique ». À l’opposé, « Cigales chantent dans / le crépuscule. / Le soleil qui tombe / serein ».

Ainsi va ce recueil, balançant entre l’harmonie qui règne dans le monde aviaire et l’inquiétude qu’inspire celui des humains : « Mais où est / l’espoir dans ce jardin d’hypocrisie, de racisme, / d’injustice et de haine / sur cette planète meurtrie ».

Les poèmes, placés dans l’ordre chronologique, couvrent le parcours de Richard de 2002 à 2018. Ceux consacrés aux oiseaux (Richard est un ornithologiste amateur) sont nombreux et s’inscrivent comme une respiration, un espoir entre ceux qui parlent de la situation mondiale et des catastrophes naturelles causées par l’humain, « migrateur ayant perdu / sa boussole. Voyageur en quête / de l’impossible, cherchant / l’introuvable dans la grisaille ».

Dans « La voie ferrée », il relie Montréal à Zuma 9 en racontant, tendrement, l’histoire de ce « vieux Noir / qui veille sur les cabines » du train qui court de Toronto à Halifax, qui rêve de prendre sa retraite dans « un petit bungalow à Santa Monica » et de profiter de la plage de Zuma. Un destin sans drame qui contraste avec le pessimisme des Amérindiens (« Shaman ») ou avec celui de « Frenchie », où « il semble que c’est bien tard / pour s’imaginer un avenir en Amérique ».

Son pessimisme se teinte d’une pointe d’amertume dans « La colonisation », écrit à la suite de la mort de Pierre Bourgault. Il y évoque « le rêve du pays français / libre et américain [qui] s’est fait enterrer / en même temps ». Et comme un écho au « vieux Noir » : « Ce qui compte est d’avoir le plus de chaînes télévision / et un surplus de viande pour le bar-b-q ».

Une poésie narrative, simple, le cri du cœur d’un homme qui voit ses rêves fracassés par une société plus égoïste que généreuse et qui malgré tout s’engage à continuer à lutter : « Mais le vrai espoir est l’espoir / de pouvoir agir, même dans la mire / de l’oiseau de proie et / sous l’avalanche cruelle de nos angoisses ».

Publié le 29 octobre 2020 à 8 h 22 | Mis à jour le 29 octobre 2020 à 8 h 23