Loco Locass

MANIFESTIF

RAPOÉSIE

Coronet liv, Montréal, 2000
137 pages
15,95 $

C’est du rap et ça s’entend sur scène et sur disque compact, mais ça se lit aussi et c’est ce qu’il y a de meilleur en poésie depuis longtemps. Follement festive, la rapoésie de Loco Locass fait sonner la langue « d’signes qui clignent / de symboles qui résonnent comme des cymbales ». Le « manifeste fesse », quelle joie, en plein dans le mille du « vice de la fleur de lys » : le silence. Biz, Chafiik et Batlam, les fous loquaces aux noms à coucher dans son char, pratiquent une poésie brillante, informée, traversée de l’écho de « La marche à l’amour » de Miron et autres intertextes post-modernes, de Desjardins à Gauvreau à Chomsky à Bersianik à Ducharme. « Bref : (leur) pays est loin de la Laconie » ! Comme le souligne Pierre Falardeau dans sa brève préface: « ces gars-là (…) parlent vrai. » Jubilatoire et incandescente, la langue de Loco Locass change de registre comme de chemise : « Trompe-toi pas sur ma forme, c’est celle du moment / J’reviendrai demain din aut’ costume de bain. » Très épurée, sonnante et clinquante à souhait, c’est une langue engagée, vivante, contemporaine, aux accents charnels et comiques. C’est jouissif comme une volée d’oies blanches, c’est beau, c’est rebelle, c’est profondément émouvant. C’est une voix neuve, souveraine, « un restant de langue de roy » qui prend sa place. Spartacus d’un « empire du pire en pire » , Loco Locass appelle à un « Refus global » dans une version de l’an 2000. D’une incroyable agilité verbale, habiles à l’assonance et aux résonances, ces jeunes poètes sont là pour rester et qu’on se le tienne pour dit parce qu’ils ne se « tasse(ront) pas » !

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21