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Numéro 94

Aleksandar Hemon

L’ESPOIR EST UNE CHOSE RIDICULE

Trad. de l'anglais par Johan-Frédérik Hel Guedj
Robert Laffont, Paris, 2003
306 pages
37,95 $

Aleksandar Hemon est originaire de Bosnie et réside, depuis une dizaine d’années, aux États-Unis. Après le grand succès de son premier livre, un recueil de nouvelles intitulé De l’esprit chez les abrutis, le jeune homme revient avec un roman hilarant, L’espoir est une chose ridicule.

La vie du protagoniste, Jozef Pronek, ressemble, sur plusieurs points, à celle de l’auteur : après une enfance insouciante à Sarajevo, il part visiter Chicago et lorsqu’il s’apprête à revenir dans sa ville, il apprend qu’elle est assiégée… Mais la guerre sur le territoire de l’ex-Yougoslavie occupe peu de place dans le livre : au moment où nous rencontrons Pronek, il est déjà à l’étranger. Ce sont les scènes d’exil – dépeintes avec beaucoup d’humour – qui défilent sous nos yeux, mêlées à l’histoire de ces malheureux Balkans et aux souvenirs de jeunesse de Jozef.

Ainsi, nous le voyons à treize ans, ivre d’amour pour une fille rencontrée quelques jours plus tôt et qu’il demande en mariage. Nous l’entendons expliquer à ses parents les paroles de chansons anglaises qu’il chantonne sans cesse : « […] dans Yellow Submarine, il [est] question d’un ballon qui désir[e] sa liberté ; My Bonnie is Over the Ocean racont[e] l’histoire d’un petit écureuil écrasé par un gros et méchant camion, mais qui connaissait ensuite la résurrection et vivait dans le garde-manger de la grand-maman… » Nous l’observons au gymnase d’un lycée où son band devait tenir un concert, lequel n’aura pas lieu à cause de la mort de Tito. En Ukraine, nous suivons une conversation absurde entre lui et George Bush père puis, à Chicago, rencontrons un détective privé qui lui confiera un travail… Son destin n’est peut-être pas des plus extraordinaires mais est fort intéressant, et la façon dont l’auteur le narre vaut vraiment le détour.

Maintes fausses transcriptions des noms serbo-croates irriteront les personnes parlant cette langue mais, ces dernières étant peu nombreuses parmi les lecteurs francophones, on parcourra certainement le roman, de la première à la dernière page, avec un large, très large sourire.

Publié le 3 mars 2004 à 14 h 45 | Mis à jour le 9 janvier 2015 à 14 h 08