Linda Amyot

LES MURS BLANCS

Leméac, Montréal, 2006
124 pages
12,95 $

Tantôt associé à la mort, tantôt à la vie, le blanc est la couleur obtenue en mélangeant la lumière de toutes les couleurs.

« La vie et la mort sont des sœurs jumelles [ ]. Ou plutôt l’une est la mère de l’autre. Nous sommes les enfants de la mort. Cette conviction est ancrée dans la culture mexicaine. » Voilà la toile de fond du second roman de Linda Amyot qui, en 2004, avait publié Ha Long,peignant de façon intimiste les facettes de l’adoption internationale.

Cette fois, c’est le chemin d’Ysa, 34 ans, que Linda Amyot a choisi d’explorer. « Effleurée » par la mort, elle porte sur son ventre une longue lézarde, héritée d’un cancer qui l’a dépouillée d’une partie de son image de femme. De la chambre aux murs blanchâtres et fissurés d’une clinique de Montréal jusqu’à l’appartement de Mexico, vaste, clair, dépouillé, aux murs blancs et sans lézardes, Ysa devra traverser le prisme de toutes les couleurs pour tenter de « [v]ivre. Ne plus craindre de vivre ».

Tranquillement Ysa meuble les murs avec des autoportraits, surtout ceux de Frida Kahlo. Une profusion de couleurs. Lentement, elle émerge de sa solitude, explore l’environnement. L’appartement se garnit et la vie d’Ysa recommence à se colorer au fil des rencontres, dont celle de Karl, qui la poussent vers de nouveaux lieux, de nouvelles sensations.

Puis, il y a les clichés, les fotografías où elle saisit des visages, plein de visages, « comme si l’appareil photo dénichait tout seul les petits détails ».

En s’enivrant des couleurs mexicaines, d’Oaxaca à Mérida, Ysa refait son chemin intérieur, revit la mort de sa mère, ses souvenirs d’enfance, sa rupture avec François. Elle explore ses relations avec celles qui ont partagé son voyage aux enfers, à la clinique de traitement, en particulier Sandrine. La mort « avait pris maman. Elle avait pris Sandrine. Elle me prendra un jour. À mon tour, je bouclerai le mystérieux cycle de la vie et de la mort. Mais, pour l’instant »

L’auteure nous entraîne dans un non-dit irisé, une « orgie de couleurs » vers un retour au blanc, à la lumière. Un style d’une rare sensibilité, sans artifice, d’une justesse émouvante, à la fois simple, beau et profondément touchant. Un voyage intérieur d’une grande intensité. À lire, à relire et surtout à déposer sur sa table de chevet pour l’ouvrir au hasard un jour de tristesse.

Publié le 20 juin 2007 à 13 h 57 | Mis à jour le 20 juin 2007 à 13 h 57