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NUIT BLANCHE

Russie, 1917. Ils avaient entre neuf et vingt-trois ans quand la Révolution a soufflé sur leur pays. Avec ou sans famille, ils ont fui la guerre civile en laissant tout derrière eux : direction Pologne, Tchécoslovaquie ou Chypre. Des années plus tard, les élèves russes en exil sont invités à écrire une rédaction intitulée « Mes souvenirs depuis l’année 1917 jusqu’au jour de mon entrée au lycée ». Ce sont certains de ces textes qui sont colligés dans l’ouvrage Les enfants de l’exil, présentés par Catherine Gousseff, historienne spécialiste de la Russie, et par Anna Sossinskaïa, psychologue pour enfants.

Ainsi, nous sont donnés à lire 56 textes d’enfants que la Révolution et la guerre ont chassés de leur Russie natale. Chacun y raconte, tantôt avec détachement, tantôt avec émotion ou colère, des souvenirs souvent douloureux. Les récits sont accompagnés de nombreuses photos, ainsi que d’une présentation historique, d’une chronologie et d’un glossaire, faisant des Enfants de l’exil un livre richement documenté. La présentation historique, fine et éclairante, nous en apprend beaucoup sur cette époque et sur le milieu socio-économique dont sont issus ces enfants.

Quand on évoque les enfants-écrivains de la guerre, on pense à Anne Frank. On pense à la petite Zlata dans son Sarajevo ensanglanté. À la différence de ces deux exemples, les textes des enfants russes ont été écrits après coup, sous la forme de souvenirs. Autocensure et oubli ont fait leur travail, bien entendu. Mais on y retrouve néanmoins une étonnante lucidité et une capacité d’analyse qui étonne. Ces enfants y racontent la perte, la peur et l’exil. Ils y racontent le XXe siècle et chacun se doit de les écouter.

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