R. J. (Roger Jon) Ellory

LES ANONYMES

Trad. de l'anglais par Clément Baude
Sonatine, Paris, 2010
690 pages
34,95 $

Après Seul le silence et Vendetta qui ont connu un grand succès critique et populaire, Roger Jon Ellory propose avec Les anonymes un superbe polar qui mélange enquête policière et réflexions sur l’histoire politique contemporaine. Surtout, dans ce troisième roman à paraître en français sur les huit titres déjà parus en anglais, l’auteur se joue des règles du genre.

Le roman s’ouvre sur le meurtre de Catherine Sheridan par un homme qui, étrangement, semble lui vouloir du bien. L’enquête sur sa mort est confiée à un jeune policier, Roger Miller, qui reprend du service après avoir été suspendu à la suite d’une bavure dans une précédente affaire. Celui-ci comprend vite que cette mort est liée à trois autres survenues peu de temps auparavant à Washington. En outre, après force recoupements, il découvre que les victimes, toutes des femmes, vivaient sous une fausse identité et n’ont laissé derrière elles aucune trace de leur passé. Tout en présentant les méandres de cette enquête policière qui semble s’enfoncer tranquillement dans un cul-de-sac, Ellory scande son récit avec le soliloque d’un homme dont on comprend vite qu’il est le meurtrier de Sheridan.

D’abord celui-ci raconte comment, enfant, il a vu son père tuer sa mère et comment il fut lui-même mêlé à ce meurtre. À mesure que le récit progresse et qu’apparaît la véritable personnalité du tueur, le lecteur assiste à un curieux renversement des rôles chez les protagonistes. Alors que l’inspecteur Miller accumule bourdes et maladresses, c’est l’assassin qui, peu à peu, en vient à tirer les ficelles de l’enquête. Le lecteur finit par s’attacher à cet idéaliste déçu décidé à se racheter de son passé. En dire plus serait gâcher le plaisir du lecteur.

En nous faisant pénétrer avec cette énigme policière dans les soubassements de la machine gouvernementale américaine, R. J. Ellory marche allègrement sur les brisées de son quasi-homonyme, James Ellroy, la tension frénétique en moins. Cette comparaison avec l’auteur de la trilogie Underworld USA n’est pas forcément au désavantage d’Ellory.

Publié le 25 mars 2011 à 14 h 59 | Mis à jour le 24 décembre 2014 à 15 h 00