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Michelle Côté

L’ENVERS DU DÉCOR

Septentrion, Sillery, 2001
296 pages
24,95 $

L’action du premier roman de Michelle Côté s’étend de la fin du duplessisme au début de la Révolution tranquille. Solange, une jeune femme du milieu bourgeois et conformiste de Québec, chez qui la « respectabilité » est la première vertu, découvre un jour l’homosexualité de son mari Laurent qu’elle surprend au lit avec Christophe. Son univers bascule. Elle passe par toute la gamme des sentiments et connaît sur les entrefaites une amitié amoureuse avec Francis, un jeune géographe qui lui fait découvrir les merveilles naturelles de Charlevoix. Jusque-là sans enfant, malgré les vœux de l’épouse, le couple évitera finalement le divorce et le scandale en adoptant la fille de Doris, l’amie peintre.

Par l’évocation des réalités propres aux années cinquante et soixante, le roman relève du genre historique. Le lecteur voit défiler quelques-uns des hommes publics d’alors (Jean Lesage, André Laurendeau, Marie-Claire Kirkland-Casgrain, etc.), de même que les écrivains (Gabrielle Roy, Anne Hébert, Hector de St-Denys Garneau, etc.) et les chansonniers du temps (Félix Leclerc, Pierre Létourneau, Raymond Lévesque, etc.) ; c’est également l’époque des « Plouffe » à la télé (en noir et blanc), du chapelet en famille à la radio, des « robes à larges jupes », de « Ramona ». Dans ce cadre historique, ce sont surtout l’ébranlement et la remise en question de Solange, puis son désir d’autonomie et d’indépendance, qui sont mis en perspective.

Le récit est dans l’ensemble bien mené, malgré l’abondance de détails parfois superflus, la présence de certains dialogues prétextes à « messages » (féministes, libéralistes, sociétaux) et la fréquence de l’inversion qui devient tic d’écriture : « Enfin, les Elvis partirent et cessa cette musique qui ne leur plaisait pas tellement ». On appréciera en revanche le fondu assez régulier de la reconstitution historique et de l’analyse « psychologique », à quoi s’ajoute, notamment ce début accrocheur : « Vlan ! claqua la gifle ». Même si la formule peut paraître banale, Michelle Côté est certes un écrivain qu’il faudra suivre.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21