Historien des idées, médecin, essayiste et professeur de littérature né à Genève en 1920, Jean Starobinski a été le maître à penser de plusieurs générations d’étudiants. Comme Georges Poulet, Jean Rousset et Jean-Pierre Richard, il est une figure de proue de « l’école de Genève », mouvance de la critique littéraire attentive à l’expérience de la conscience au monde de l’écrivain. Les essais que Starobinski a consacrés à Montaigne, Montesquieu, Rousseau, Diderot et Jouve ont marqué son époque. Mais c’est surtout l’étude de la mélancolie qui occupe le centre de son parcours intellectuel. En ce sens, L’encre de la mélancolie constitue la meilleure introduction à son travail de critique – voire la meilleure synthèse.
L’ouvrage comporte six parties. La première justifie l’investissement financier que représente l’achat de ce livre (près de 50 $) : il s’agit de l’« Histoire du traitement de la mélancolie », thèse déposée à la Faculté de médecine de l’Université de Lausanne en 1959. Imprimé hors commerce en 1960, ce texte a longtemps « circulé sous le manteau ». Les parties suivantes, « Anatomie de la mélancolie », « La leçon de la nostalgie », « Le salut par l’ironie ? », « Rêve et immortalité mélancolique » et « L’encre de la mélancolie », sont composées d’essais publiés dans diverses revues entre les années 1960 et 2000. La postface de Fernando Vidal (chercheur barcelonais d’origine argentine) est inédite. Elle met l’accent sur l’originalité et la portée de la démarche starobinskienne en matière de mélancolie.
À travers un corpus d’une grande diversité – qui va des maîtres de l’Antiquité aux grands « désespérés » du XIXe siècle (Baudelaire, Kierkegaard) en passant par les écrivains de la Renaissance Matteo Bandello et Robert Burton –, L’encre de la mélancolie pose une question cruciale : d’où viennent la tristesse profonde, le désespoir, le délire, la fureur et le suicide ? Au lieu de déployer, comme le font bon nombre de théoriciens contemporains, un jargon aride, Starobinski s’exprime, à l’instar de Freud, au moyen d’une prose séduisante et mesurée. À ce titre, L’encre de la mélancolie a déjà la valeur d’un classique des sciences humaines.
ESPACE PUBLICITAIRE
DERNIERS NUMÉROS
DERNIERS COMMENTAIRES DE LECTURE
Loading...
DERNIERS ARTICLES
Loading...