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Vincent Fournier

LE VOYAGE EN SCANDINAVIE

ANTHOLOGIE DE VOYAGEURS 1627-1914

Robert Laffont, Paris, 2001
792 pages
54,95 $

Après avoir publié des livres sur l’Orient, l’Italie, la Russie, l’Inde, l’Asie centrale, la Chine, la Polynésie, la France, la Suisse, la Grande-Bretagne et l’Afrique, la collection « Bouquins » des éditions Robert Laffont poursuit sa série d’anthologies d’écrits de voyage avec Le voyage en Scandinavie. Cette douzième anthologie regroupe les textes d’une quarantaine d’auteurs qui ont parcouru la Suède, la Norvège, la Finlande, le Danemark et, un peu plus tard, le Groenland. Après une introduction historique de l’espace « désigné ici sommairement sous le nom de Nord », Vincent Fournier laisse parler les textes présentés selon un ordre chronologique : d’abord les premiers témoignages de l’Antiquité sur la Scandinavie, ceux notamment de Tacite et de son contemporain Pline l’Ancien ; puis quelques voyageurs de l’âge classique, dont René Descartes ; quelques explorateurs et émigrés au temps des Lumières ; quelques voyageurs du Nord romantique comme Germaine de Staël et Jean-Jacques Ampère ; des voyageurs associés à la commission scientifique du Nord, en particulier Xavier Marmier et Léonie d’Aunet ; les premiers touristes poussés par le développement du chemin de fer et de l’hôtellerie sur les parcours quasi obligés, entre autres le « rectangle Malmö-Stockolm-Tromsö-Oslo » ; quelques écrivains et dramaturges attirés par le pays d’Ibsen et, enfin, à la veille de la Première Guerre mondiale, des voyageuses et des voyageurs qui s’intéressent au féminisme et aux nationalismes scandinaves.

Ces récits d’expéditions scientifiques, de missions diplomatiques, de visites pastorales, de pèlerinages romantiques, de voyages touristiques, etc. soulèvent tous à leur façon la question incontournable de la représentation de cet Ailleurs nordique. Bien que la plupart des voyageurs tentent de décrire le plus objectivement possible l’autre, ses mSurs et ses coutumes, ils ne réussissent bien souvent qu’à le percevoir par le biais d’allusions historiques, de mythes, de légendes, bref, de référents culturels connus de leurs lecteurs. Quand Léonie d’Aunet veut décrire un morse, elle utilise tout naturellement l’analogie zoologique avec des animaux connus (éléphant, lion, etc.) ; quand Jean-François Regnard décrit les Lapons, et Charles Edmond les Esquimaux, ils proposent une variation du mythe du « Bon Sauvage ». Autant dire que pour rendre intelligible un monde relativement nouveau, les voyageurs peuvent difficilement s’empêcher de le faire entrer dans l’ancien.

Publié le 14 janvier 2003 à 14 h 21 | Mis à jour le 14 janvier 2003 à 14 h 21