Accueil > Commentaires de lecture > Fiction > LE TOTEM DU LOUP

Jiang Rong

LE TOTEM DU LOUP

Trad. du chinois par Yan Hansheng et Lisa Carducci
Bourin, Paris, 2008
566 pages
34,95 $

Chen Zen est un « Han », un jeune homme instruit de Pékin qui, comme trois de ses amis, s’est porté volontaire en 1967, en pleine Révolution culturelle, pour s’établir sur la steppe isolée d’Olon Bulag, en Mongolie intérieure. Il vit dans une yourte au milieu d’une tribu de chasseurs, menée par le vieux Bilig, qui l’entoure de son affection. Le totem du loup fait le récit de ses aventures, à l’intérieur d’un ambitieux roman d’initiation qui trace, en outre, un puissant portrait des nomades mongols et de la vénération craintive dans laquelle ils tiennent le loup.

Achevé en 2004 après six ans d’écriture, Le totem du loup a connu un retentissement exceptionnel. À sa sortie en Chine, le livre s’est écoulé à 2 millions d’exemplaires, avant que ne circulent entre 15 et 20 millions de copies pirates. Les droits ont été achetés par 24 pays, et les rumeurs vont bon train quant à l’adaptation cinématographique par une grande société américaine.

Jiang Rong signe avec ce premier roman une œuvre pleine de souffle, qui embrasse la mythologie et l’histoire dans le même élan, comme l’attestent, en tête de chaque chapitre, des exergues pour la plupart consacrés à Gengis Khan et aux dynasties tartares. Le roman de Jiang Rong séduit par l’intensité de sa narration, admirablement servie par une plume sobre et efficace, et par la prévalence des verbes d’action. Aussi les qualités cinématographiques du livre, comme le cinéaste de Mongol, Sergeï Bodrov, nous aide, Occidentaux, à les imaginer, sont-elles éclatantes. Jiang Rong, pseudonyme derrière lequel se cache un professeur chinois de sciences politiques et sociales, écrit en parfaite connaissance de son propos : il a vécu en Mongolie intérieure entre 1967 et 1978, et a été un témoin direct de la nature sauvage et du mode de vie des Mongols. Devant la description des affrontements épiques entre l’humain et la nature, qui font penser à Jack London (dont Chen lit Le loup des mers), le lecteur québécois songera aussi à Yves Thériault, mais en plus loquace (le livre dépasse les cinq cents pages).

Publié le 30 décembre 2009 à 21 h 01 | Mis à jour le 9 février 2015 à 19 h 25