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Mode lecture zen

NUIT BLANCHE

Un homme meurt. Une page d’Histoire se referme, mais l’histoire continue et avec elle, le dialogue entre le père décédé et son fils.

« Il y a de ces endroits dans le monde qui nous habitent tout particulièrement. Cela tient souvent à bien peu de choses : la texture de l’air, les sons et les odeurs, la façon qu’ont les gens de nous entourer, de nous prendre, de nous ouvrir. Autant d’éléments légers et fragiles qui nous font revivre mille souvenirs, inventés ou réels, et qui nous font parfois aimer les inconnus autour de nous, ou du moins le souhaiter. » Chez Louis Jolicœur, le voyage est une expérience tant sensitive qu’intellectuelle ; à Grenade, il veut tout, tout, tout s’approprier pour mieux le transmettre, et, peut-être, ravir l’assentiment post mortem de son père, cet « amoureux du détail », ce « séduit chronique ».

Il veut aussi savourer par anticipation le vécu présent qu’il transforme déjà en souvenir avant même qu’il n’appartienne au passé, car, dit-il, il faut « toujours préférer le souvenir à la réalité crue ». Nostalgique chronique au sens propre ‘ étymologiquement, « malade du retour » ‘, Louis Jolicœur avoue : « C’est une véritable maladie chez moi sans doute que d’anticiper ainsi les souvenirs à venir ». Mais c’est une nostalgie bien particulière, que « cette drôle de quête pour le passé dans le présent, le futur dans le passé ». Car avant même d’avoir quitté Grenade, avec laquelle il ressent une affinité quasi viscérale, il sait qu’il « risque encore de [se] mettre à sentir à l’avance les doux étirements de la nostalgie ». Loin de gâcher l’instant présent, cette mélancolie le pousse à se « créer de beaux souvenirs », l’incite sans doute à affûter son regard, à affiner ses sens, à peaufiner ce carnet de voyage kaléidoscopique, un tantinet impressionniste.

Le siège du Maure est un récit où la sensibilité et l’érudition conjuguées sont érigées en art de vivre. En toute simplicité et avec élégance, Louis Jolicœur, inspiré par Grenade, ville millénaire et majestueuse, se fait le chantre éclairé de l’infime et de la fugacité et, peut-être, se pose en inventeur paradoxal de la nostalgie heureuse.

Une telle invitation au voyage, cela ne se refuse pas.

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