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Maurice Lemire

LE MOUVEMENT RÉGIONALISTE DANS LA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE

(1902-1940)

Nota bene, Québec, 2007
305 pages
25,95 $

Longtemps ignoré par l’histoire littéraire parce que considéré comme un mouvement plus idéologique que littéraire, le régionalisme qui a marqué le Québec de la première moitié du XXe siècle suscite depuis quelques années un intérêt nouveau. Après la publication en 2006 aux éditions Le Nordir de la volumineuse thèse de doctorat d’Annette Hayward (1980) au sujet de La querelle du régionalisme au Québec (1904-1931), Maurice Lemire tente à son tour de mieux cerner la place que devrait occuper ce mouvement dans l’histoire littéraire québécoise. La première partie de son ouvrage rappelle le contexte dans lequel s’est constitué le régionalisme, les objectifs visés par ses partisans et les codes qu’ils se sont donnés pour les atteindre. Pour assurer l’originalité de la littérature canadienne et promouvoir le retour à la terre, les auteurs étaient en quelque sorte sommés de traiter de sujets canadiens, de se limiter à une représentation idéalisée de la société paysanne et d’exploiter la rusticité de la langue populaire. Dans la seconde partie, Lemire examine la production générée par le mouvement, notamment du côté du conte, du roman et de la poésie. Il montre alors que l’orientation dogmatique du régionalisme québécois a rapidement tari l’inspiration des auteurs et entraîné une certaine saturation qui allait favoriser une dissidence émanant de l’intérieur même du mouvement. Ainsi, plutôt que d’embellir la vie paysanne, des auteurs créatifs (Alfred DesRochers, Émile Coderre, Ringuet, Germaine Guèvremont, etc.) tentent de la décrire avec plus de réalisme, tantôt sur un mode humoristique, tantôt sur un mode poétique. Tout en respectant la consigne du sujet canadien prôné par le régionalisme, ces dissidents remettent en question la manière de le traiter et réussissent à s’imposer, « car ce sont eux, nous dit Lemire, qui produisent les meilleurs textes ». Autant dire que leurs « textes n’auraient accédé à la littérarité qu’en renonçant aux codes régionalistes ». De cette déduction l’auteur argue que « malgré son conservatisme, le régionalisme a contribué à former une littérature distincte », une littérature de qualité qui s’est dans une certaine mesure constituée en réaction aux codes contraignants du mouvement. Un tel rapport de cause à effet illustre bien à quel point le régionalisme a joué, contre toute attente, un rôle non négligeable dans l’évolution de la littérature québécoise.

Publié le 8 octobre 2007 à 8 h 05 | Mis à jour le 8 octobre 2007 à 8 h 05