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Catherine Meyer

LE LIVRE NOIR DE LA PSYCHANALYSE

VIVRE, PENSER ET ALLER MIEUX SANS FREUD

Les Arènes, Paris, 2005
831 pages
59 $

La France est en état d’alerte ! Les psychanalystes sont sous haute surveillance. Ils sont coupables de tous les malheurs de la société française. Dans ce pavé, AUCUN – de Freud à Bowlby en passant par Spitz, Lacan, Dolto et autres – ne trouve grâce aux yeux des auteurs, TOUS les concepts analytiques confinent à l’obscurantisme. Le livre noir de la psychanalyse, qui tombe sous le coup de la mode des dénonciations, est un livre bien français s’adressant aux Français et aux « pauvres » Argentins. Ici, au Québec, la situation est bien différente puisque la psychanalyse a souvent été sujette à la moquerie.

Quarante auteurs – dont on peut penser que certains n’endosseraient pas l’ensemble de ce tableau souvent caricatural – se liguent contre une pratique et une théorie données comme irrationnelles. Une fois de plus, voilà les méchants ogres psychanalystes démasqués par les vertueux « scientistes ». Ces anges voudraient aujourd’hui permettre au monde d’en finir avec la barbarie. « Vivre, penser et aller mieux sans Freud. » Beau slogan publicitaire

Les psychanalystes se voient ici confrontés à une série de textes et d’extraits de livres et d’articles véhiculant le discours de la domination du modèle popperien et de ses effets politiques, le premier de ceux-là étant de bâillonner le sujet et d’asseoir la ploutocratie. Ce qui frappe, c’est l’aveuglement total de plusieurs de ces auteurs au fait que la science soit également un discours, un dispositif objectivant des mythes transformables en masses de capital. La réfutabilité permet ainsi de sélectionner soigneusement les « connaissances » transférables en actions.

Bien sûr, Freud (et bien d’autres) fut à plusieurs moments odieux, cupide, pessimiste quant aux chances de guérison de ses patients. Et il ne s’agit pas, comme de trop nombreux psychanalystes, de jouer les vierges offensées, d’autant plus que leurs arguments sont souvent d’une redoutable fragilité et basés sur une ahurissante ignorance de l’histoire et des autres disciplines. Reste que l’affaire est grave et qu’ils doivent réagir autrement qu’en se cantonnant dans une position paranoïaque. Quand on en vient à comparer leur attitude à celle des intellectuels ayant fermé les yeux sur le nazisme et le stalinisme ou qu’on les rend directement responsables de la mort de 10 000 toxicomanes, il y a là un devoir de rétablir les faits !

Publié le 2 mars 2006 à 14 h 44 | Mis à jour le 2 mars 2006 à 14 h 44