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Numéro 102

Alain Médam

ILS PASSENT LA MAIN

Le Noroît, Montréal, 2005
65 pages
20,95 $

Les éditions du Noroît lançaient en 2005 une nouvelle collection, « Lieu dit », qui « propose une rencontre entre un écrivain et un lieu ». L’idée était excellente. Certaines réussites littéraires récentes en ont prouvé la richesse. Que l’on pense seulement à Lignes aériennes de Pierre Nepveu, qui faisait revivre l’histoire de Mirabel. Un premier texte sort des presses : Ils passent la Main, du sociologue et écrivain Alain Médam. Cette Main, c’est la rue Saint Laurent, ou boulevard Saint-Laurent. Pourquoi boulevard ? Ce fut l’une des premières questions que se posa l’auteur en débarquant à Montréal quarante ans plus tôt. Comme beaucoup d’immigrés des années 1960, l’homme d’origine italienne prit logis sur la Main pour ne pas avoir à choisir entre deux pays, comme il dit, entre ceux qui parlent français et ceux qui parlent anglais. Qui, parmi les Montréalais et autres inconditionnels de la ville, n’a pas eu l’impression en effet de basculer dans un autre monde en passant à l’ouest ou à l’est de cette ligne ?

Sur cette frontière se côtoient, encore et toujours, des gens d’origines et de milieux divers ; la marginalité, la mode branchée, les arts y ont assises. C’est ce que remarque l’auteur au fil de ses errances qui lui font traverser tout Montréal, du nord au sud. Il parle aussi des errants qu’il rencontre sur son chemin, des boutiques qui ont fermé, de ce qui n’adviendra plus, et du texte qu’il vient de terminer. Ce (trop) court texte, sur trois générations d’immigrés, ponctue son récit d’arpenteur. Comme si ce n’était pas assez, une vingtaine de photos d’Yves Médam et du Musée McCord les parsèment.

Est-ce un défaut du livre que de susciter le désir qu’il se poursuive ? Tout, les personnages, le décor, les réflexions sont à peine esquissés. On ne vient pas d’entrer dans la vie du patriarche que la porte se referme, de même pour le fils, dont la mort ne nous émeut point, pour le petit-fils. L’impression que l’on a rassemblé plusieurs livres inachevés. L’écriture et la force du propos compensent néanmoins les faiblesses de la composition. Sur ce plan, quelques moments magiques, mais trop furtifs. Comme lorsqu’on marche dans la ville et que l’on croise un beau regard, et que ça s’arrête là ; le cœur insatisfait.

Publié le 2 mars 2006 à 13 h 16 | Mis à jour le 28 janvier 2015 à 14 h 21