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Maurice Henrie

LE JOUR QUI TOMBE

L'Interligne, Ottawa, 2009
213 pages
18,95 $

Maurice Henrie a toujours aimé écrire des nouvelles. Cette forme brève convient parfaitement à son sens de l’humour, à ses courtes descriptions parfois ironiques, à la façon dont il crée des univers parfois déroutants. Il aime se jouer du réel et en cela Le jour qui tombe ne fait pas exception à la règle.

Les 25 nouvelles de ce recueil proposent une réflexion sur la société et les individus qui la composent. Il s’ouvre sur « La pierre de Jérémie » qui tient autant du conte que de la nouvelle. Jérémie découvre une pierre qui flotte, ce qui suscite une réaction en chaîne des habitants du lieu, mais surtout des représentants des institutions sociales et religieuses. Poussant la logique jusqu’à l’absurde, Henrie en profite pour critiquer avec une douce ironie les valeurs sociales dominantes. Dans « La ligne droite » (sans doute une des nouvelles les plus fortes), il utilise le sarcasme pour souligner les travers et l’amoralité de la haute fonction publique qu’il connaît bien pour y avoir fait carrière. Poussant encore plus loin, il présente dans « Les HA HA et les HEU HEU » une métaphore cinglante de la situation du monde qui, pour être intéressante, n’en est pas pour autant l’une des nouvelles les plus abouties.

Plusieurs nouvelles portent sur la recherche de l’harmonie individuelle (« L’épaule décrochée »), mais toujours au sein de la société dont l’individu semble indissociable (« Autour de lui »). La construction de l’intrigue repose alors sur la reconnaissance d’un manque ou d’une faiblesse du personnage qui cherche à résoudre son problème, ce qui peut soit le conduire à un excès (« Barbotes »), soit le placer face à lui-même pour enfin trouver une solution qui lui convienne (« Le jour qui tombe », « Sonatine »).

Reprenant l’essentiel de son essai et précédent ouvrage, L’esprit de sel (Prise de parole), Henrie aborde de différentes façons la question du vieillissement, mais toujours en explorant le rapport entre les contingences de la vie et la nécessité d’en arriver à l’harmonie (« Le poivre et Mozart »).

Recueil tout en délicatesse, habité d’une plume sûre et aiguisée, Le jour qui tombe nous entraîne dans des mondes parfois surprenants, mais toujours empreints de petites leçons morales qui incitent à la réflexion sur la nature humaine.

Publié le 12 novembre 2010 à 15 h 27 | Mis à jour le 9 janvier 2015 à 14 h 39