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Colson Whitehead

LE COLOSSE DE NEW YORK

UNE VILLE EN TREIZE PARTIES

Trad. de l'américain par Serge Chauvin
Gallimard, Paris, 2008
155 pages
31,50 $

Romancier et essayiste new-yorkais né en 1969, Colson Whitehead est l’auteur d’une œuvre déjà fortement remarquée : L’intuitionniste (1998) a été en lice pour le Pen/Hemingway et Ballades pour John Henry (2001) pour le Pulitzer ; Apex ou Le cache-blessure (2006) lui a valu le Pen/Oakland et l’auteur, résident de Brooklyn, a remporté en 2002 le prestigieux MacArthur Fellowship, dont ont aussi été lauréats Cormac McCarthy en 1981, Thomas Pynchon en 1988 et Susan Sontag en 1990. L’œuvre de Whitehead, à laquelle s’ajoutera un quatrième roman – Sag Harbor – en 2009, fait donc partie de celles à surveiller.

Rédigé en 2003, Le colosse de New York a figuré au palmarès annuel des « livres remarquables » du New York Times. Il s’agit d’un portrait de ville en treize tableaux, dont certains s’inspirent d’endroits précis : « Central Park », « Coney Island », « Times Square », alors que d’autres se concentrent sur de menus aspects du quotidien : « Métro », « Pluie », « Heure de pointe ». Que le lecteur soit prévenu : rien n’est plus éloigné du tour guidé. Whitehead, au lieu d’accumuler les références toponymiques, historiques ou culturelles précises, comme le font généralement les romanciers lorsqu’ils tracent un portrait de la Grosse Pomme, a choisi de raconter l’expérience de la métropole – sa métropole – à travers une mosaïque de notations où tout exprime la ville, des gestes mécanisés aux petites pensées furtives. Exit le New York des cartes postales ; Whitehead laisse courir sa plume autant que son œil ou son imaginaire, si bien qu’un livre comme Le colosse de New York ne pouvait avoir pour auteur qu’un New-Yorkais d’origine.

Deux sous-entendus ajoutent du prix à ce texte. D’une part, tout intime que soit son rapport à la ville, Whitehead n’oublie pas que « [p]arler de New York, c’est parler du monde », surtout depuis les attentats du 11 septembre : « Quand les immeubles s’effondrent, c’est nous qui tombons en ruine ». D’autre part, Whitehead demeure conscient qu’on ne fait pas le tour de New York, et qu’un projet comme le sien est interminable par nature. Aussi ce livre nous fait-il réfléchir à notre propre façon d’habiter le lieu : « On est un vrai New-Yorkais quand ce qui était là avant devient plus réel et palpable que ce qui est là maintenant ». Du grand art.

Publié le 22 mars 2009 à 12 h 25 | Mis à jour le 16 février 2015 à 19 h 54