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Michel Pleau

LE CIEL DE LA BASSE-VILLE

David, Ottawa, 2014
68 pages
17,95 $

Bien installée dans la tradition intimiste, la poésie de Michel Pleau ne cherche en aucun cas l’image-choc, la fracture des signifiants, préférant une humble spiritualité à tout ce qui pourrait prendre l’allure du spectaculaire ou de la séduction forcée. Il s’agit d’affûter perpétuellement le regard, d’observer avec patience la part secrète du quotidien et d’en conserver de menus échos au long des strophes. Cette manière, au fil des ans, conserve son lot stable d’adeptes et de détracteurs, mais il faut lui reconnaître une vertu à faire ressortir l’effet de retrait, la distance dont la littérature ne peut se passer bien longtemps. Tout en poursuivant ses travaux méditatifs, l’auteur ajoute ici un aspect plus documentaire à son recueil, s’attardant, dans une géopoétique minimaliste, à un quartier spécifique, une rue, même, lieu de son enfance où il retrouve les liens anciens, certes, mais surtout la précarité du présent : « [R]ue Saint-Vallier je ne sais plus / qui est l’écho de l’autre […] la rumeur des choses / souvent traverse mes paumes ».

Si la première section tend à pécher par l’abus de métaphores à complément du nom et autres facilités stylistiques, les suivantes nous rapprochent de cette tonalité fraternelle et volontiers vétuste qui appartient aux Jean-Aubert Loranger, Eudore Évanturel ainsi qu’à certains textes de Saint-Denys Garneau. À l’observation des éléments et du relief se greffe alors une réflexion sur la mort qui rebondit dans ce qu’on pourrait nommer l’infini de la finitude, au sens où le dérisoire du sujet génère une multiplicité ouverte d’expressions, et où le vœu de simplicité commande un approfondissement sans bords. À ce titre, nommer la mort n’est pas tant un échec qu’un enregistrement différé, à reprendre sous un maximum d’angles serrés : « [L]a mort est une parole transparente / une maison aux murs épuisés / qui se tient debout // la mort est un verbe pour plus tard // on dirait une cathédrale en lambeaux / qui se serait repliée sur nos épaules ».

L’auscultation de la basse-ville prend finalement la forme d’un tombeau lumineux, quand, dans « L’étoile brève », on accompagne le père dans sa disparition. À cette discrète réconciliation (« je voulais prendre ton corps / le déposer plus loin / et dire // ce n’est pas moi ce sac de douleurs »), s’ajoute un bel hommage à la mère, ces deux points forts du recueil le transformant en un autre type de ciel, soit le dernier séjour au sein des mots et des souvenirs.

Publié le 1 octobre 2014 à 16 h 20 | Mis à jour le 28 octobre 2014 à 10 h 07