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La saison de l'ombre

Léonora Miano

LA SAISON DE L’OMBRE

Grasset, Paris, 2013
234 pages

Le clan Mulongo vit depuis des temps immémoriaux reclus, loin des mers, tranquille, dans un coin perdu, difficile d’accès, en Afrique subsaharienne. Il vit aussi en paix avec ses seuls voisins connus, les Bwele, peuplade plus avancée, car meilleurs guerriers, et avec lesquels il entretient quelques liens commerciaux. Mais, une nuit, subitement, sans avertissement, c’est la malédiction : avec l’arrivée des Blancs, identifiés dans le roman comme les « pieds de poule », les Bwele, dorénavant les alliés de négriers blancs, attaquent le clan Mulongo, mettent le feu au village et capturent douze hommes.

Au départ, le clan ne comprend rien ce qui lui est arrivé et, croyances et superstitions obligent, isole les femmes des disparus. Plus tard, face à l’appétit insatiable des Blancs, une deuxième attaque, frontale, est organisée par les Bwele et dirigée par la reine Njanjo : cette fois, le clan Mulongo est anéanti, on ne capture que les membres en bonne santé ayant une valeur de troc, et les rares survivants comprennent que le monde tel qu’ils le connaissaient est anéanti : il « part en lambeaux ». L’ombre s’est abattue sur le clan, et va y régner, longtemps, ce que l’auteure résume dans cette phrase qui dit tout : « Nul ne contera ces faits, car l’avenir a pris fin ».

Ce roman, une véritable anthologie sur la vie des ethnies africaines avant la colonisation européenne et la dure mutation qu’elle a entraînée, fait bien sûr penser au chef-d’œuvre de Chinua Achebe, Le monde s’effondre, publié en 1958, livre qui a fait la renommée mondiale de cet auteur du Nigéria, décédé récemment. À travers une fiction romanesque, Léonora Miano nous fait comprendre, avec probablement plus de clarté que bien des essais savants, le trauma, toujours très actuel, des sociétés africaines. Captivant.

Publié le 4 avril 2014 à 20 h 53 | Mis à jour le 4 avril 2014 à 20 h 53